Archive of ‘Mes humeurs’ category

L’instant présent…

l'instant présent

Lorsque j’étais enfant, je rêvais de devenir adolescente…

Je voulais grandir, être plus autonome, me sentir davantage libre de mes faits et gestes… J’avais soif de responsabilité… Mes jeux préférés étaient des jeux d’imitation : faire semblant de faire à manger/conduire/m’occuper d’un bébé (oui, mes gens étaient très genrés)… Je pensais que le meilleur était à venir…

Puis, lorsque je suis devenue adolescente, je rêvais d’être une jeune adulte…

Je me sentais brimée par mes parents, l’Ecole, la société… Envie de tout mais accès à peu de choses… Il me fallait encore trop me soumettre aux diverses invectives que je recevais de part et d’autres… Je pensais que le meilleur était à venir…

Puis, lorsque je suis devenue une jeune adulte, je rêvais d’être une adulte…

Je découvrais la liberté dont je me régalais… Toutefois, j’avais d’autres ambitions : trouver un bon job, rencontrer l’âme sœur, me « poser »… Je pensais que le meilleur était à venir…

Puis, je suis devenue cette adulte…

Je suis précisément là où j’ai toujours rêvé être… Des enfants adorables, un conjoint aimant, un toit sur notre tête, une situation professionnelle stable… Et pourtant… Je me surprends encore parfois à me dire « ça ira mieux lorsque les enfants grandiront… ». Toujours cette quête d’un avenir meilleur…

Sauf que, rétrospectivement, je regrette toutes ces étapes de ma vie dont je n’ai pas su profiter pleinement… Parce que je pensais que le meilleur était à venir…

Non, le meilleur n’est pas à venir… Le meilleur est là, dans l’instant présent… Le meilleur n’est pas quelque chose que l’on projette. Le meilleur se vit, tout de suite, maintenant…

Car je ne veux plus être cette personne qui regarde son passé avec regret… Je veux simplement être cette personne qui profite de l’instant présent…

 

 

Parce qu’être parent, c’est aussi ça…

pleine lune parent seul

6 heures du mat’… L’aube, l’aurore, tu ne sais plus… Le silence absolu… Une nuit si sombre que le soleil peine à émerger… Au milieu de cet univers en suspens, tu es là, les yeux bien ouverts et le cerveau en ébullition. Pourquoi un tel état de nerfs ? Pourquoi ce qui-vive permanent ? Pourquoi cette sensibilité exacerbée ? Pourquoi cette inquiétude intérieure ? Parce que tu es mère… Rectification, parce que tu es  une mère privée de repos…

On t’avait pourtant prévenue : « prépare toi, tu vas découvrir les nuits hachées, le sommeil en pointillés, les multiples réveils nocturnes, … ». Des mots, juste des mots… S’il est une chose que l’on ne peut décrire justement, c’est la privation de sommeil… Indescriptible et pourtant universelle… Qui n’a pas connu cet état : après une nuit festive, après une nuit parsemée d’angoisses, après une nuit torride, après une nuit…

Mais rares sont ceux pour lesquels cet état perdure… Et pourtant, ils existent. Ils sont là, à côté de toi au boulot, une tasse de café entre les mains. Ils sont aussi là, dans le train, la tête vrillant au moindre soubresaut. Ils sont là au supermarché, l’œil hagard, comme robotisés. Partout. Ils sont là. L’ombre d’eux-mêmes…

Evidemment, tu te vois prodiguer les conseils de bien-pensants : confie-les, repose-toi, prends du temps, détends-toi, relativise… Ces conseils, la plupart du temps énoncés avec toute la bienveillance du monde, ne font que renforcer ton sentiment de solitude : personne ne me comprend…

Et pourtant… Ces sentiments qui t’animent, savoureux cocktail explosif, ne sont pas étrangers à tous… Cette fatigue éreintante, cette colère permanente, ce sentiment d’injustice, cette hyperréactivité, cette boule logée au plus profond de toi… Je connais tout ça… Je sais qu’il t’est peut être même arrivé, parfois, de regretter… Regretter d’être devenu parent… Puis, l’instant d’après, cette culpabilité qui t’assaille… Comment avoir osé penser ça ?…

Parce qu’être parent, c’est aussi ça…

Le plus grand risque dans ta vie, c’est de ne pas en prendre…

rubrique-vivre-sa-vie

J’ignore encore comment cela m’est arrivée… Cela s’est sans doute installé insidieusement, sans même que je ne sois en mesure de m’en apercevoir. Ou bien l’ai-je vu mais décidé de passer outre, croyant à un petit passage à vide. Seulement cette errance a duré, duré, duré…A tel point qu’aujourd’hui, elle fait partie de moi.

Mes proches m’ont interpellée, me signifiant qu’ils me trouvaient différente. Evidemment, j’avais toujours un contre-argument à leur opposer : fatigue, stress, … A ce moment là, je croyais dur comme fer à ma plaidoirie. J’étais la même, avec quelques tracas supplémentaires certes…

Ne dit-on pas que la vie est faite d’épreuves ? Je l’expérimentais quotidiennement. Chaque jour m’apportait son lot de soucis. Jamais rien de grave. De simples petits riens  qui viennent s’amonceler pour finir par former l’infranchissable, l’insurmontable, l’inextricable.

Le moindre geste du quotidien était devenu dur labeur. Se lever, se doucher, s’occuper des enfants, préparer le repas, … des automatismes effectués sans plaisir aucun. Cela me convenait. Pas de plaisir mais pas de douleur. Mon cœur était bien à l’abri dans sa tour d’ivoire. Inaccessible, rien ni personne ne pouvait m’atteindre.

Et puis, la fois de trop… Un événement lambda a déclenché ma fureur… Comme possédée, j’étais en effet tellement devenue inaccessible que rien ni personne ne pouvait m’apaiser. Et, là, à cet instant, tout a pris sens. L’origine de mon Mal était logé là, juste sous mes yeux. J’acculais le quotidien, les gens, la vie, … Vaste leurre… La personne qui me nuisait le plus n’était autre que moi.

Se protéger de tout en ne vivant rien. S’éloigner des autres qui ne comprennent pas. Etre là sans être là. Toujours en surface. Ne jamais vivre l’instant. Par peur d’être déçue, par anticipation du pire, par crainte de l’avenir… Et finalement devenir spectatrice de sa propre existence. Tel était mon syndrome…

Je ne dis pas qu’aujourd’hui, les choses vont mieux. Mais j’y travaille. Etre là, vraiment. Ne plus incarner cette présence fantomatique. Vivre ma vie, pleinement, sans craindre le pire. Car, à tenter d’esquiver le malheur, je passe simplement à côté du bonheur…

1 2 3 38