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L’heure du bilan…

faire le bilan

Voici le quatrième volet de mon récit (première partie, seconde et troisième)

Les mots étaient posés. Il avait pris sa décision. Il souhaitait rester. Soulagée d’un énorme fardeau, je n’en restais pas moins lucide. Il voulait rester certes, mais pas sans conditions.

Alors le plus gros chantier de notre vie nous attend…

Se furent les seuls mots que nous échangeâmes de la journée, parfaitement conscients que, le soir même, une discussion aurait lieu.

Une fois les enfants couchés, nous nous installâmes  autour d’un verre de vin. Voyant l’Homme réceptif à mes propos, je mis les pieds dans le plat.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas heureux…

Je lui proposai alors ce qui me semblait être le plan d’action le plus pertinent : faire le bilan de tout ce qui nous semblait négatif. Pas à la va-vite non. En se donnant le temps de la réflexion. Car, il fallait bien se l’avouer, des choses négatives, dans notre vie, il n’en manquait pas. Je suggérai de nous laisser quelques jours afin de poser tout cela sur papier. Il adhéra.

Le temps s’écoula lentement, tristement, ce qui nous fit prendre conscience, une fois de plus, de l’impériosité d’un changement.

Arriva la fin de semaine. Nous avions chacun fait nos « devoirs ». Etrangement, ou pas, nos constats furent sensiblement identiques. Nos sources d’insatisfaction tournaient autour de plusieurs axes :

  • La maison : cinq ans que nous avions aménagé et pourtant, rien n’avait évolué. Des cartons ici et là. Un espace mal agencé. Des pièces non achevées. Tout cela n’était sans doute pas étranger au fait que nous n’ayons pas le sentiment de nous sentir chez nous
  • Les enfants et cette sensation d’être à côté de tout, en particulier à côté de leurs besoins (de cadre, de limites, d’affection, de protection, de sécurité, …)
  • Notre couple qui n’était plus que l’ombre de lui-même… Plus de communication, plus d’échange, plus de compréhension, plus d’empathie, plus … rien !
  • Nous-mêmes avec cette lassitude permanente. Cet ennui constant. Nous n’étions animés par rien d’autre que l’amertume de subir une vie dont nous ne rêvions pas.

Poser ces mots fut déjà salvateur pour notre couple. Malgré le fait que nous ayons l’impression d’être devenus des étrangers l’un pour l’autre, nous avions deux points communs : nous ressentions la même chose et nous étions animés par l’envie de changer.

Puis, scolairement oserais-je dire, nous avons fait un tableau

Mes problèmes Mes besoins Mes ressources Mon plan d’action
A quelles difficultés étions nous concrètement confrontés ? Quels besoins ce problème nous empêchait-il d’assouvir ? De quels moyens (humains, matériels, financiers, etc.) disposions-nous pour faire face à ces difficultés ? Quelles actions, simples, précises et réalisables pouvions nous mener pour aller vers un mieux-être ?

 

Ce tableau, nous avons mis du temps à le compléter. Un renouveau ne s’improvisant pas, il nous fallait être précis, de façon à ce que nous voyions rapidement les effets de notre investissement mais aussi surtout de façon pérenne.

Puis, vint le moment de passer à l’action…

Ensemble, c’est tout…

ensemble c'est tout

Si tu ne les as pas encore lues, tu trouveras ici la première partie de mon récit et la seconde.

Rapidement, les enfants furent couchés. Rapidement, l’Homme avança des excuses qu’il pensait à demi-mot. Nous aurions pu nous en tenir là. Nous aurions pu reprendre le chemin de cette vie insipide. Nous aurions pu réajuster nos œillères et continuer à avancer dans cette pénombre.

J’en décidai autrement. Calmement, sans rancœur, sans amertume, sans colère, les mots sortirent de ma bouche comme l’évidence…

Si tu n’es pas heureux avec nous alors pars…

Pris au dépourvu, l’Homme se tut. Toutefois, son visage, lui, s’exprimait. Un savoureux mélange de stupeur, colère, tristesse, incompréhension. Je l’invitai à mettre des mots sur ce raz de marée émotionnel auquel il était confronté. Jamais jusqu’alors il n’avait été question de séparation dans notre couple.

Assez vite, il retourna mes propos en ma « défaveur » invoquant le fait que je ne l’aimais plus. Il n’en était rien. Bien au contraire. C’est précisément parce que je l’aimais que je souhaitais le meilleur pour lui. Et si le meilleur était ailleurs, alors qu’il parte… Qu’il trouve le bonheur sans nous…

Il n’était plus pensable que nous continuâmes de vivre ainsi. La perspective de devenir mère célibataire, bien qu’effrayante, me semblait être la seule solution envisageable. Mon Homme, mon pilier, n’était plus…

Nous discutâmes des heures durant. De cette maison qu’il ne supportait plus. De cette appréhension de chaque instant passé au sein de notre foyer. De cette relation délétère qu’il entretenait avec son fils. Du temps qu’il passait, chaque soir, seul dans sa voiture, à trouver l’énergie d’ouvrir cette porte, notre porte.

Nous avons parlé ainsi. Encore et encore. Lui pour vider ce trop-plein négatif. Moi pour enfin avoir accès à lui. Comme s’il importait que nous ayons toutes les données en tête afin de prendre une décision. LA décision. Puis nous allâmes nous coucher, sans toutefois parvenir à trouver le sommeil.

Le lendemain, la vie repris son cours. L’école, la crèche, le travail, la routine… L’Homme et moi qui, d’ordinaire ne restions pas plus d’une heure sans échanger, sommes restés sans nouvelle l’un de l’autre. Je savais qu’il lui fallait du temps et je le lui laissais.

De mon côté, je tentais de ne pas imaginer « l’après ». Tant que je ne savais pas, il me semblait inutile de me projeter. Le cerveau humain étant ce qu’il est, je ne pouvais toutefois pas m’empêcher de me poser 1001 questions

Et s’il partait ? Et s’il ne faisait plus partie de ma vie ? Comment l’expliquer aux enfants ? Comment vont-ils vivre tout cela ? Comme les épargner ? Comme vais-je faire sans lui ?

Puis, en milieu d’après-midi, la sonnerie de mon portable retentit. C’est lui, je le sais. Fébrile, je déverrouille mon téléphone quand enfin, son message s’affiche

Je ne veux pas te perdre…

Les mots étaient posés. Il avait pris sa décision. Il souhaitait rester. Soulagée d’un énorme fardeau, je n’en restais pas moins lucide. Il voulait rester certes, mais pas sans conditions.

Alors le plus gros chantier de notre vie nous attend…

 

Pars…

pars

Pour lire la première partie de mon récit, c’est par ici.

Pour ne pas faire souffrir l’autre avec nos états d’âme, nous n’échangions plus. Allant jusqu’à une rupture totale de communication. Seuls, livrés à nous-mêmes, nous nous sommes peu à peu déconnectés de nos émotions. Ne plus ressentir pour ne plus souffrir. Nous avancions dans la vie, tels des robots. Déshumanisés. La vie est ainsi.

Puis, un jour, la goutte d’eau. La courte nuit de trop, la provocation de trop, le regard de trop… Trop ! Ce jour-là, s’est produit l’évènement qui a tout fait basculer…

C’était un dimanche midi. Comme tous les dimanches midis de cette période, tristes, maussades, sans saveur… Nous nous apprêtions à servir le repas aux enfants. Le quatr’an, qui devait être à sa vingtième « provocation » de la journée, a prononcé la phrase de trop. Le contenu m’en échappe aujourd’hui mais la réaction de son papa, elle, reste bien ancrée…

Dire qu’il s’est transformé ne serait pas être fidèle aux faits. En l’espace de dix petites minutes, il a déversé la colère, l’amertume, la tristesse, la frustration cumulée depuis des mois… Un flot de paroles acerbes, de propos blessants avec, en trame de fond, la phrase suivante :

Je ne vous supporte plus !

Tel était le contenu de sa tirade. Voyant qu’il n’était plus lui-même, comme possédé, j’ai pris la décision de prendre les enfants et de quitter la maison, le temps nécessaire. Le temps qu’il lui fallait pour recouvrer ses esprits, si tant est que cela soit possible.

Nous sommes allés nous « réfugier » chez mes parents. Et, pour la première fois depuis des mois, j’ai parlé… J’ai vidé ce sac bien trop lourd, j’ai posé ce fardeau bien trop pesant… Cette vie, ma vie, n’était pas ce que je voulais. Ces enfants n’étaient pas ceux que j’espérais. Cet homme n’était pas celui que j’aimais.

Des heures durant, je me suis vidée. De ce trop plein, de ce trop vide, de ce tout qui faisait de moi ce que j’estimais être une moins que rien. Puis, le temps d’un instant, j’ai confié mes enfants à mes parents. Afin de ME retrouver. Faire le point. Questionner. Prendre du recul. Et décider. A ce moment précis, un message de l’Homme

Je suis calmé…

L’heure était venue de rentrer à la maison. Bain, dîner, préparation des affaires du lendemain, la vie reprenait son cours. Normalement aux yeux des enfants et de l’Homme. Or, de mon côté, les choses étaient tout autre. Le soir même, je savais que m’attendait l’une des discussions les plus importantes de ma vie. La discussion qui, possiblement, pouvait tout changer. Pour ne plus subir. Pour ne plus errer. Pour vivre !

Rapidement, les enfants furent couchés. Rapidement, l’Homme avança des excuses qu’il pensait à demi-mot. Nous aurions pu nous en tenir là. Nous aurions pu reprendre le chemin de cette vie insipide. Nous aurions pu réajuster nos œillères et continuer à avancer dans cette pénombre.

J’en décidai autrement. Calmement, sans rancœur, sans amertume, sans colère, les mots sortirent de ma bouche comme l’évidence…

Si tu n’es pas heureux avec nous alors pars…

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