Quand le discernement s’efface…

angoisse

Ecrire sur la façon dont j’ai vécu mon congé maternité m’a permis d’exorciser. Il n’est pas évident de poser des mots sur cette « violence » des sentiments. Etre face à soi même et revivre cette détresse. Pourtant, se livrer contribue, selon moi, à déposer quelque chose de soi à l’extérieur et donc à enlever une charge parfois trop lourde à porter.

J’ai donc décidé de continuer à me raconter. Il ne me faut pas oublier que c’est dans cette optique que j’ai pris l’initiative de créer ce blog. Me mettre à nue, me retrouver face à moi-même et, parfois, avoir des retours de personnes qui m’apportent leur vécu.

Dernièrement, j’ai raconté à quel point mon congé maternité a été un enfer pour moi. Bien sûr, je n’ai pas attendu tout ce temps pour tenter d’analyser le pourquoi du comment. Et j’ai pu trouver une piste, une amorce d’explication.

Pour celles et ceux qui ont eu l’occasion de me lire quelque fois, vous avez pu constater à quel point je peux être angoissée. Ce que j’ai pu en dire jusqu’ici n’est rien comparé à ce que j’ai vécu durant mon congé mater. Il me semble que j’étais au paroxysme de mes angoisses. Et si vous connaissez vous-mêmes cet état, vous savez à quel point cela peut produire des distorsions de la réalité. Vous savez ce moment où, tout en sachant que cela est impossible, vous pensez que le pire va arriver. Cet état insensé, déraisonnable que l’on ne peut rationnaliser. Cet état qui vous prend aux tripes, qui vous oppresse la cage thoracique, qui vous obnubile.

Et bien j’en étais là. L’arrivée du tout p’tit a suscité (ou réveillé qui sait) des angoisses inapaisables. Le fait qu’il soit né avec des soucis de santé a naturellement créé chez moi des angoisses de mort. Chaque jour je me levais en me disant : il faut que je maintienne en vie mon enfant. C’était évidemment bien trop lourd à porter. Une mère ne devrait pas être amenée à penser ainsi. Le moindre geste qu’il faisait, le moindre son qu’il émettait ne faisaient que renforcer mon angoisse. J’interprétais tout signe comme allant dans le sens de mon angoisse : il allait mal et je ne savais pas y faire.

C’est ainsi que mon fils en est devenu « persécuteur ». Entendons-nous, il ne faisait rien pour alimenter mes angoisses. Seule face à moi-même, j’étais comme aveuglée par elles. Je n’étais plus en mesure d’analyser. J’avais perdu toute faculté de discernement. Mon enfant, que j’aimais plus que ma vie, était aussi mon pire bourreau.

Ces mots sont très durs à écrire mais il le faut. Il me faut être honnête vis-à-vis de moi-même, vis-à-vis de lui. C’est en agissant ainsi que je vais pouvoir aller de l’avant. Comme je l’expliquais lors de mon précédent article, les choses vont considérablement mieux. Et je pense  que cette honnêteté vis-à-vis de mes erreurs passées n’est pas anodine au fait que mon fils et moi entretenons aujourd’hui une relation plus saine et authentique.

4 Comments on Quand le discernement s’efface…

  1. petite yaye
    28 octobre 2014 at 22:03 (3 années ago)
    Pas facile ce que tu dis… moi non plus je ne garde pas du tout un bon souvenir de ses premiers mois…
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    • Pasquunemere
      30 octobre 2014 at 11:17 (3 années ago)
      Effectivement, une période difficile à vivre mais difficile à raconter également… Fort heureusement, les choses se sont apaisées pour nous…
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  2. Manganèse
    29 octobre 2014 at 12:49 (3 années ago)
    Oh oui, je sais. J’ai d’ailleurs un brouillon d’article qui attend depuis de longues semaines que je me lâche un peu plus sur mes propres angoisses. Je comprend donc très bien ce que tu veux dire et aussi le besoin de le dire. Je crois que tu as raison et qu’il faut arriver à formuler nos angoisses en mots, pour pouvoir les regarder, les juger et les remettre à leur place.
    Les premier mois du Petit ont été très très durs pour moi aussi. Alors qu’il allait bien, putain. Il allait bien ! J’en reviens toujours pas de l’état dans lequel j’étais.
    Heureusement que ça va mieux aujourd’hui. Mais ça laisse forcément des traces. Le Père ne veut pas entendre parler d’un deuxième enfant par exemple, il a trop mal vécu les premiers mois, à cause de moi et mes angoisses. De mon côté je ne sais pas, je pense que j’ai fait ce chemin une fois mais que je ne le referai pas. Enfin ce n’est pas encore dans mes envies pour l’instant, on verra…
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    • Pasquunemere
      30 octobre 2014 at 11:19 (3 années ago)
      Comme tu le dis si justement, tout cela laisse des traces… Comment ne pas appréhender que les choses se déroulent de la même façon… C’est précisément pour éviter tout cela que j’écris. En espérant que, peut être, cela évitera la répétition.
      Je ne peux que t’encourager à poursuivre la rédaction de ton article…
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