Et si…

remonter le temps

Avec les « si », je sais bien qu’on referait le monde. Mais parfois, regarder en arrière permet aussi d’aller de l’avant. Petite rétrospective des premiers mois du tout p’tit :

  • Si nous avions fait diagnostiquer plus tôt son intolérance aux protéines de lait de vache, nous aurions évité au tout p’tit de souffrir pendant des mois. Et oui, à chaque biberon, nous contribuions à son « intoxication ». Ce n’est que vers ses 11 mois que le problème a été pris au sérieux. Entre temps, nous avons eu droit à plusieurs passages aux urgences, à des traitements plus ou moins lourds, à des généralistes, homéopathes, ostéopathes, sans qu’aucun ne fasse lien entre ses différents symptômes. Dès la naissance de notre enfant, on nous rabâche les oreilles avec « les coliques sont monnaie courante », « rien de plus normal que les régurgitations », « le seul moyen d’expression d’un bébé ce sont les pleurs donc votre enfant pleure », etc. Et bien je ne suis pas d’accord avec toutes ces assertions. Pour quelles raisons, sous prétexte qu’il est un nouveau né, doit on nécessairement passer par ces phases ? Notre erreur : avoir trop fait confiance aux médecins et pas assez au tout p’tit… En tant que jeune parent, je pense que nous avons tous tendance à douter. Mais il y a une règle que j’ai maintenant intégrée : nous sommes les parents de notre enfant, nous vivons avec lui, nous le connaissons mieux que quiconque. Alors faisons-nous confiance et faisons leur confiance… Si c’était à refaire, j’aurais écouté ce que me donnait à entendre mon fils de sa souffrance et non ce que m’en traduisait le corps médical.
  • Si je m’étais confiée plus tôt sur mon mal-être de jeune mère, je n’aurais pas aussi mal vécu mon congé maternité. Ceci n’est évidemment pas sans lien avec ce que je viens d’évoquer. Le tout p’tit pleurait beaucoup et ne me laissait que peu de répit. Maintenant j’en ai compris les raisons. Mais à l’époque c’était bien moins clair. Aujourd’hui je regrette ne pas en avoir discuté autour de moi. Je me suis enfermée dans une sorte de mutisme. Je me réjouissais de chaque jour passant qui me menait vers la fin de mon congé. Je comptais les heures avant que mon homme ne rentre du boulot. J’ai ruminé, pleuré, angoissé. Je me suis coupée de mes amis. La seule personne à qui j’ai demandé de l’aide c’est ma mère. Et encore, il me fallait être forte face à elle : j’étais mère, il fallait que j’assume. Si j’avais su, j’aurais parlé. Je serais retournée voir la sage femme qui m’avait dispensé les cours de préparation à l’accouchement. D’ailleurs, elle m’avait plus qu’incité, avant mon accouchement, à revenir vers elle après la naissance du tout p’tit. Je serais allée à la PMI pour pouvoir déposer de mon angoisse auprès de professionnels. J’aurais cherché des réseaux de jeunes mères près de chez moi. J’aurais parlé à mes amis qui, j’en suis sûre, serait venus m’aider dans mon quotidien. Si j’avais su, je me serais détachée de ces diktats de jeune mère épanouie et j’aurais osé dire mon mal être à qui voulait bien l’entendre…
  • Si j’avais fait confiance à mon fils, j’aurais cessé de croire qu’il était un être fragile. Et oui, à mes yeux c’était un bébé et un bébé devait rester au chaud chez lui et éviter toute rencontre avec l’extérieur. Jamais je ne faisais de ballade avec lui. Jamais je n’ai fait de courses avec lui. Jamais je ne suis allée chez des amis avec lui. J’avais trop peur. Peur qu’il tombe malade, qu’il soit dépaysé, perturbé, etc. Quand je vois de jeunes mères continuer à sortir (ballade, magasins), profiter de leur entourage, vivre tout simplement, je regrette. Les bébés ont certes besoin d’un cadre mais ils ont un pouvoir d’adaptation extraordinaire. Si j’avais su, je nous aurais fait confiance à mon fils et à moi-même et je ne serais pas restée cloitrée chez moi pensant que là était la clé de son bien être. Au contraire…
  • Si c’était à refaire, j’aurais « cadré » les choses. Cela peut paraître paradoxale avec ce que je viens d’évoquer. Je posais du cadre mais pas là où cela était nécessaire. Je le sais aujourd’hui, un enfant a besoin de repères. Et croyez-le ou non, j’ai mis beaucoup de temps à assimiler cette donnée. Je pensais qu’un nouveau né vivait sa vie sans se soucier de son environnement. Je pensais qu’il était uniquement dans l’émotionnel et le physiologique. Quelle erreur… Par exemple, lorsqu’il était bébé, le tout p’tit s’endormait partout : dans mes bras, dans son lit parapluie, dans le coussin d’allaitement, etc. mais bizarrement rarement dans son lit. Ce n’est qu’une fois endormi que nous le transportions dans son lit. A cette époque, nous ne comptions plus les réveils nocturnes. Un jour, l’homme m’a dit « peut être qu’il se réveille en pleurant car il ne sait pas où il est. Regarde toi si tu t’endormais à un endroit X pour te réveiller à un endroit Y, tu flipperais pas ? ». Pas idiot. Et dès lors que nous avons habitué le tout p’tit à son lit, les choses se sont nettement mieux déroulées. Si j’avais su, j’aurais cessé de croire que mon fils était bien trop petit pour capter certaines choses. Si j’avais su, je l’aurais considéré comme un être humain (avec tout ce que cela implique au point de vue intellectuel, émotionnel, cognitif, etc.) plutôt que comme un nouveau né (notez d’ailleurs que ce terme prête à confusion, ils en savent bien plus que nous le pensons).

Bon stop à l’article à rallonge. Déjà je vous tire mon chapeau si vous êtes arrivé jusqu’ici. J’aurais encore de nombreux « et si… » à conter. Beaucoup de personnes pensent qu’il ne sert à rien de revenir sur le passé (« ce qui est fait est fait » me dirait mon homme). Je ne suis pas d’accord. Je trouve utile et riche d’enseignements de regarder la façon dont se sont déroulées les choses.

Alors évidemment, je ne pourrais pas changer ce passé mais je sais à quel point celui-ci me permet de comprendre le présent et m’évitera peut être à l’avenir de commettre les mêmes erreurs…

Et vous, si c’était à refaire ?…

6 Comments on Et si…

  1. Mum_issime
    11 juillet 2014 at 13:54 (3 années ago)
    Si c’était à refaire, je dirai la même chose que toi concernant le fait de le sortir + … certes j’ai fait plein de choses en journée avec lui, on a bougé, on a voyagé, par force de toutes façons car les grands parents habitent à 400 kms. Malgré tout, le soir, je ne l’ai jamais sorti ! on a invité chez nous (moins que lorsqu’on était sans enfant), mais on n’est jamais allé à un repas ou soirée avec lui, car je n’arrive pas à me dire que je vais devoir le réveiller en partant… et je sais que j’ai tort ! si c’était à refaire, je changerai cette mauvaise habitude ! car comme tu le dis les enfants nous prouvent chaque jour qu’ils savent magnifiquement s’adapter…
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    • Pasquunemere
      11 juillet 2014 at 16:59 (3 années ago)
      Oh que oui, ils sont bien plus malléables que nous ces loupiots! Nous on est pas mal sorti chez nos voisins… Et oui vive le babyphone à longue portée!
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  2. MaPetitePageBlanche
    11 juillet 2014 at 15:01 (3 années ago)
    Je trouve que c’est très important effectivement de partager son expérience, ça permet à d’autres de se sentir moins seules et puis c’est clair que ça permet de ne pas reproduire peut-être les mêmes erreurs.
    Ces derniers jours je suis tombée plusieurs fois sur des mamans qui allaitaient leur bébé au resto, c’est bête mais c’est quelque chose que je n’ai pas osé faire quand j’allaitais encore (bon je voulais mon ptit confort aussi hé hé) mais du coup on est pas beaucoup sorti au début (ou entre 2 tétées). Pour le prochain, je me suis dit que j’oserais plus \o/
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    • Pasquunemere
      11 juillet 2014 at 17:01 (3 années ago)
      « ça permet à d’autres de se sentir moins seules » –> tout à fait vrai! Je pense que j’aurais apprécié lire ce genre de récit dans mes nombreux moments de détresse! Ici aussi, si prochain il y a, je me prendrai bien moins la tête (quoique c’est pas gagné, je trouverai bien d’autres petites angoisses à dénicher ;))
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  3. emilie
    12 juillet 2014 at 11:02 (3 années ago)
    J’ai découvert l’article dans la sélection HC et tous ces mots me parlent. Moi aussi je m’en veux de ne pas avoir eu confiance en moi car Mini-Mademoiselle est aussi allergique aux PLV, et ça n’est qu’après une longue errance médicale que nous l’avons découvert à 7 mois. Personne n’y croyait car c’est rare que les bébés soient allergiques depuis leur naissance, mais les allergènes passent aussi par l’allaitement. Aujourd’hui à 10 mois elle va mieux, elle grossit enfin mais c’est vrai que c’est un bébé qui pleurait beaucoup. Tu as raison il faut plus que se faire confiance, nous sommes leurs parents mais pour un premier bébé c’est quand même tellement dur de se faire entendre face au corps médical !
    Belle journée.
    Emilie
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  4. mesblablasdemaman
    12 juillet 2014 at 21:39 (3 années ago)
    Les articles comme ça, ça fait du bien 🙂
    Si la société ne nous revoyez pas sans arrêt des images de mères parfaites, où tout va bien dans le meilleur des monde, Nous jeunes mères, nous sentirions beaucoup mieux et tellement plus en confiance. A croire que le milieu professionnel de la petite enfance a la parole absolue…
    J’ai un bébé aplv, j’ai eu de la chance, on a un réseau de médecin à notre écoute, son allergie a pu être diagnostiquée tôt. Mais il est clair que mon instinct de maman avait fait le diagnostic avant le milieu médical.
    Etre maman, c’est être gauche par moment, on l’apprend sur le tas et on ne suit pas de formation ! Que ce soit le 1er, le 2nd on a toujours des doutes et questionnements !
    Bonne soirée !
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