La violence des mots…

masque joie triste

Nos voisins ont accueilli, il y a sept mois maintenant, un petit garçon dans leur vie. Joie, bonheur, paillettes, toussa toussa, sauf qu’à cet âge, ces counasses de dents font leur apparition… C’est donc très souvent que nous entendons leur enfant pleurer de douleur, de jour comme de nuit. Et hier soir, alors que nous dinions dehors avec un couple d’amis, nous avons entendu notre voisin dire « put** j’en peux plus de cet enfant !!! ».

Mon amie, nullipare mais sur le point d’accoucher, me regarde alors avec des yeux ronds et me dit « t’as entendu ??? Comment il a osé dire ça ??? ». Euh, comment te dire…

La venue au monde d’un enfant, ça te transporte, ça t’anime, ça te rend vivant comme jamais et ce, dans le positif COMME dans le négatif… Ca te prend aux trippes, ça t’envahit, ça t’obnubile, ça occupe tout l’espace… Tout prend sens mais plus rien d’autre n’a de sens… Tu vis pour lui, par lui, avec lui, en fonction de lui tout le temps. Tu t’oublies, tu n’existes plus, tu mets de côté tes besoins pour cet enfant, ce tout petit être, qui ne dépend que de toi…

Mais ce petit être, bien malgré lui, peut te malmener pour diverses raisons : les dents, les troubles digestifs, le RGO, le sommeil, l’appétit, etc. Et il pleure, car il ne sait et ne peut que s’exprimer ainsi. Alors il pleure encore et encore et toi, tu es là, impuissante. Tu en veux à la terre entière : aux médecins, aux proches, à toi surtout, face à ton incapacité à soulager cette douleur… Puis, parfois, lorsque tu es au bout du rouleau, tu lui en veux à lui… Et les mots sortent, parce que tu n’arrives plus à contenir…

« Je n’en peux plus de cet enfant »

Ces mots, je les ai prononcés. Et d’autres encore. Parce que c’était vrai. Bien sûr, lorsque l’on prend le temps de réfléchir, on s’aperçoit que c’est de soi dont on ne peut plus en réalité : se sentir démunie, désarmé, incompétent comme jamais… Etre parent c’est aussi ça, se sentir mauvais et en vouloir parfois aux autres…

Oui, il m’est arrivée d’avoir des mots malheureux à l’égard de l’être que j’aime le plus au monde… Mais finalement, ces failles, erreurs, lacunes, défauts, n’est ce pas précisément ça qui fait de nous des êtres humains ?…

Et toi, t’est-il déjà arrivé de « déraper » de la sorte ?

18 Comments on La violence des mots…

  1. monica
    2 juillet 2015 at 10:48 (2 années ago)
    Exactement! Bien sur! On a tous dit ca au moins une fois…
    Répondre
    • Pasquunemere
      2 juillet 2015 at 10:53 (2 années ago)
      J’en suis certaine aussi! Mais visiblement, certains/certaines ont du mal à l’assumer… (ce que je peux comprendre d’ailleurs)
      Répondre
  2. Vanessa Mère Debordée
    2 juillet 2015 at 10:51 (2 années ago)
    Je les ai aussi prononcés, ces mots.
    Et dernièrement, d’autres, bien plus durs : « Puisque tu n’est pas heureux avec nous et que tu nous rends tous malheureux, on va faire en sorte que tu ailles en internat l’an prochain parce qu’on en peux plus ! »
    A mon 5 ans.
    Dur dur
    Répondre
    • Pasquunemere
      2 juillet 2015 at 10:55 (2 années ago)
      Oui, c’est dur mais c’est à la hauteur de la situation que vous vivez actuellement! J’ai souvenir avoir prononcé des mots très durs à l’encontre de ma mère à une époque et pourtant, cela n’a en rien entaché notre relation (enfin, elle est chaotique mais pour d’autres raisons). Je crois que la relation parent-enfant est l’une des seules qui puisse supporter autant de « dérapages ». L’essentiel reste, à mes yeux, de communiquer encore et toujours, même s’il y a eu dérapage… Je te souhaite plein de courage avec ton fils (je suis la situation sur FB)!
      Répondre
  3. Rose comme trois pommes
    2 juillet 2015 at 10:57 (2 années ago)
    Et ouais moi aussi, je crois que j’ai même sorti « mais qu’est ce qui m’a pris de faire un enfant devant elle. Horrible …
    Je m’excuse ensuite, mais ça n’enlève pas la culpabilité. J’espère juste que les paroles aimantes et les bons moments effacent ces mots durs mais exceptionnels.
    Répondre
    • Pasquunemere
      2 juillet 2015 at 11:00 (2 années ago)
      Oh ça aussi je l’ai dit! Et pas qu’une fois d’ailleurs! Mais, comme tu le dis, on s’explique, on s’excuse et on passe à autre chose. J’en suis certaine, nos enfants ne nous en voudront pas… Ils baignent dans un climat bienveillant le reste du temps. Leur sentiment de sécurité et d’attachement ne sera pas entaché par des paroles malencontreuses prononcées de façon exceptionnelle…
      Répondre
        • Pasquunemere
          2 juillet 2015 at 11:21 (2 années ago)
          Une psy et une éduc, à nous deux, on devrait pouvoir s’en sortir 😉
          Répondre
  4. Aurélie Bulle
    2 juillet 2015 at 11:15 (2 années ago)
    On craque tous à un moment. Comme tu dis un enfant c’est merveilleux mais un reste humain et on dérape tous. Ils nous en demandent tellement parfois… Que ce soit en paroles ou en pensées.
    Il m’est arrivé de balancer à mon fils « mais tu vas la fermer ». Bah oui les pleurs et la fatigue m’ont poussé à bout. Je me suis sentie coupable bien sur alors je me suis calmée et j’ai pris mon bébé dans les bras pour le consoler et lui dire que je regrettais….
    Répondre
    • Pasquunemere
      2 juillet 2015 at 11:18 (2 années ago)
      J’ai souvenir avoir dit ça aussi à mon fils, certainement à cause d’une énimère nuit blanche ou une énième crise d’opposition… Comme tu le dis, les occasions sont nombreuses pour nous pousser à bout… Nous faisons des erreurs puis nous nous expliquons et nous excusons… N’est ce pas là aussi un moyen de montrer à nos enfants qu’ils peuvent commettre des erreurs dès lors qu’ils reviennent dessus par la suite…
      Répondre
  5. Walter
    2 juillet 2015 at 11:44 (2 années ago)
    C’est vrai qu’un en Dany c’est dure et qu’on ne vit que par lui pour lui et nos temps de repos son faible surtout quand tu as personnes pour prendre le relais.
    Pour connaître la violence des mots ( merci papa ) je dirais que si on peut les prononcer en dehors de la présence des enfants c’est mieux même si je le conçois je quand on craque c’est devant lui.
    Je pense que les dire peux nous permettre ensuite de nous ressaisir car on a exprimé notre frustration du moment.
    Mais que c’est dur un enfant enfin surtout un bébé.
    Répondre
    • Pasquunemere
      2 juillet 2015 at 11:47 (2 années ago)
      Ah oui, ça je suis d’accord, mieux vaut les prononcer en dehors de sa présence! Mais parfois, c’est impérieux, il faut que ça sorte! Et, en effet, une fois sortie, les choses se désamorcent souvent de suite… L’essentiel étant que ces mots restent exceptionnels et que l’on s’en explique et excuse devant notre enfant…
      Répondre
  6. Emmy
    2 juillet 2015 at 13:41 (2 années ago)
    J’ai honte mais pas plus tard que dans la nuit de dimanche à lundi, ma fille de 19 mois est restée éveillée et a hurlé à pleins poumons de 1h30 du matin à 5h30. Aux alentours de 4h, je l’ai traitée de monstre…
    Répondre
  7. Lo
    2 juillet 2015 at 13:52 (2 années ago)
    C’est encore léger je trouve!
    j’ai entendu biiiiien pire
    et oui parfois ça m’arrive de dire ça, j’ai déjà lâche un « tu me saoules » ou « tu es chiant » et après je m’excuse en lui expliquant qu’on ne doit pas parler comme ça et que je suis fatiguée.
    Ne plus en pouvoir est na-tu-rel, le dire l’est encore plus, le mythe du parent parfait est, par définition, inexistant.
    Répondre
  8. marcende
    2 juillet 2015 at 19:03 (2 années ago)
    Ce billet aussi, je le partage sur la page FB de Maman Blues!!!
    Mettre en mots est primordial et ne fait en rien de nous de mauvais parents. Mieux vaut des parents qui expriment leurs ressentis et leur ras le bol que des parents qui gardent en eux…
    Répondre
  9. Céline
    2 juillet 2015 at 19:07 (2 années ago)
    Tiens mais c’est moi ça!!!!! Je viens de passer 2 jours affreux comme ça… A ne plus en pouvoir de ses pleurs, à lui demander de se taire, d’arrêter de pleurer… A juste espérer le SILENCE (tu l’entends mon cri de désespoir 😉 ). Aujourd’hui ça allait mieux. Je croise les doigts… Mais en effet, AVANT, on se dit « jamais je ne dirai un truc pareil » (mode Bisounours ON) et après on se dit « mouais avant de juger vis le et tu verras! »
    Répondre
  10. Mon carnet déco
    3 juillet 2015 at 09:54 (2 années ago)
    Encore une fois tes mots sont très justes… Déjà, quand on sait que physiquement, les pleurs de bébé sont programmés naturellement pour être insupportable à notre cerveau pour que l’on réponde rapidement aux besoins de l’enfant, on comprend que oui, en effet, un enfant qui pleure tout le temps, ça peut être insupportable…
    Je me suis surprise à dire des mots terrible en parlant de mes enfants, des mot qui me choquaient profondément quand je n’avais pas d’enfants… Et qui choquaient mon entourage…
    Mais comme tu le dis, on est humain, on à des failles, et c’est très bien comme ça…
    Répondre

1Pingbacks & Trackbacks on La violence des mots…

  1. […] De la pression qui monte, et de nos mots qui peuvent devenir violents. […]

Leave a Reply