Mon congé maternité : mon enfer…

congématernité

S’il est des choses que je n’ai aucune difficulté à reconnaître c’est bien ça : mon congé maternité a été l’une des pires périodes de ma vie. Ni plus, ni moins. Sans exagération aucune. Mais comment est ce possible ? Comment l’un des jours les plus heureux de ma vie a-t-il pu être suivi de trois mois d’enfer ?

Dans un premier temps, je pense que la façon dont s’est déroulé mon accouchement n’est pas anodine à cet état de fait (si l’envie vous en dit, vous en retrouverez le déroulé par ici). Suite à cet accouchement quelque peu chaotique, le tout p’tit a présenté des soucis de santé. Vous ajoutez à cela mon angoisse chronique et ça vous donne un cocktail explosif (sans oublier chute hormonale, nostalgie de la grossesse et tout le toutim).

Alors concrètement ça donnait quoi ? Et bien quand l’homme partait au boulot, je paniquais, comptant les heures jusqu’à son retour (en mode « allé courage ma grande, il te reste 8h, 7h, 6h, etc.). Je tournais en rond dans cette nouvelle maison. Le lotissement était en plein travaux. Pas encore de voisin. Pas de ballade possible : le tout p’tit et moi, en tête à tête, pendant 3 longs mois. Je prenais soin de lui, plus par devoir que par plaisir.

Dès que l’homme rentrait du travail, je partais. Je prenais ma voiture et me sauvais. Je suffoquais. Il me fallait impérativement m’aérer. C’était vital. Le soir. Le week end. Tout faire pour ne pas rester dans cette maison. Oublier quelques instants mon nouveau statut de maman.

Puis, progressivement, il s’est passé quelque chose. Je pense que mon cerveau n’a plus supporté être en surchauffe permanente. Trop d’angoisse. Trop de panique. Trop de souffrance. Je me suis alors retrouvée dans un état d’anesthésie affective. Je ne ressentais plus rien. Ni joie, ni peine. J’étais comme un robot. Je faisais les tâches qui incombent à une femme, à une épouse, à une mère. Par automatisme, par réflexe.

Ce qui m’a fait sortir la tête de l’eau ? La fin de mon congé maternité. Renouer avec les gens, avec une activité, avec la vie. Là a été mon tort durant tout ce temps : me couper du monde. Vivre en autarcie avec mon enfant. Ne plus penser qu’à lui. M’oublier.

Je pense avoir frôlé (si ce n’est fait) une dépression post-partum. J’ai touché le fond, assaillie par des pensées négatives. L’accès à la maternité a réveillé en moi des souffrances profondément enracinées. Cela a mis en exergue mes pires angoisses. Je n’étais pas préparée. Je me suis laissée engloutir…

Et aujourd’hui ? Et bien, je vais nettement mieux. J’ai réussi à nouer une réelle relation avec mon enfant. Nous avons mis du temps à nous apprivoiser l’un et l’autre. De longs mois d’angoisse, de tâtonnement, de progrès puis de retours en arrière, de complicité puis de rejet. Il nous a fallu nous apprendre à nous connaître, à nous « synchroniser ».

Cet épisode de ma vie m’a appris une chose : c’est mon fils qui m’a appris à être mère et non un quelconque instinct maternel dont on nous rabâche les oreilles…

25 Comments on Mon congé maternité : mon enfer…

  1. Mum_issime
    20 octobre 2014 at 17:37 (3 années ago)
    Comme à chaque fois que tu publies un article, je me jette dessus. Je ne sais pas encore de quoi il sera fait, mais je sais que je vais aimer.
    Aujourd’hui, cela va plus loin encore. J’aime ton article et je me vois dedans, je me revois il y a quelques mois en arrière, après mon accouchement. Je ne peux pas dire comme toi que ce fut la pire période de ma vie, mais je me reconnais dans tes mots : je suffoquais également et il me tardait tellement que grandgard rentre… je l’ai d’ailleurs appeler plusieurs fois à la rescousse pour qu’il écourte ses journées. Logée au 4ème étage sans ascenseur, les sorties étaient aussi réduites. Heureusement j’ai eu deux amies qui ont accouché dans les mêmes semaines que moi, et je pense que cela m’a sauvé. Mais tous les gens qui n’avaient pas d’enfant, ou alors des « grands », je les fuyais, de peur d’être incomprise. Etant déjà en formation à ce moment-là, j’ai attendu les 4 mois et demi de mini pour le faire garder, 4 mois et demi pendant lesquels je comptais les heures tout en étant heureuse de mon statut de maman, et terriblement malheureuse de ne pas savoir apprécier cela…
    Je te comprends donc à 200 % et je me doute que tu dois apprécier aujourd’hui de pouvoir profiter de ton fils sans stresser (beaucoup moins tout du moins), et en le regardant plus comme une « obligation » ou comme un extraterrestre…
    Instinct maternel p-e en ce qui concerne changer une couche, donner à manger, mais pas en terme de comportements à adopter…
    Répondre
    • Pasquunemere
      21 octobre 2014 at 09:58 (3 années ago)
      Comme ça me fait plaisir de lire ça… De voir que je ne suis pas la seule à en avoir bavé, à ne pas avoir apprécié, à avoir subi… Tout comme toi j’ai appelé l’Homme en lui disant « maintenant tu rentres! je peux plus! je pète un plomb! ». Le pauvre, il en a chié aussi lui du coup! (D’ailleurs chouquette, si tu me lis, encore merci d’avoir résisté à mon agressivité, à ma dépression, à mes excès de colère, etc. Merci d’avoir tenu le coup!) Et merci ma copinaute pour ton témoignage!
      Répondre
  2. fafa expat
    20 octobre 2014 at 21:07 (3 années ago)
    Je me retrouve pas mal dans ce que tu dis. On a tendance a ne pas trop parlé de cette periode particuliere ou la maman se retrouve « enfermee » avec son enfant, avec une vie sociale pas terrible, une humeur maussade avec la chute d’hormones etc… c’est pourtant la realite d’un bon nombre d’entre nous. un billet qui merite la une!
    Répondre
    • Pasquunemere
      21 octobre 2014 at 10:04 (3 années ago)
      Je suis contente que mon article te parle… Il est vrai qu’on ne dévoile pas assez tout ce qui se passe en post accouchement… Et pourtant, nous sommes nombreuses à passer par ce flottement… Il faut que ça cesse! Levons le voile!!! #modeguerrièreon
      Répondre
  3. Balthazar
    21 octobre 2014 at 09:23 (3 années ago)
    MERCI de ton article criant de vérité ! ça fait du bien de sortir un peu de ce tabou, de l’image d’une maternité fusionnelle dès les premiers instants.
    Qu’est ce que j’ai pu culpabiliser et me sentir mal pendant ces premiers mois où, comme tu dis, je m’occupais de mon fils « plus par devoir que par plaisir  » ! Je me sentais monstrueuse de ressentir ça, j’avais l’impression d’être la seule au monde à avoir loupé le train de la maternité, raté un épisode. Je me demandais vraiment ce qui rendait les gens si heureux d’avoir un enfant parce que moi, clairement, c’était plutôt l’inverse ! Bon ça s’est largement arrangé maintenant, et on est même tellement heureux que le deuxième arrive bientôt 😉 mais je sais que les premiers mois ne seront pas acquis d’office.
    Alors encore une fois merci de ton témoignage et hauts les coeurs, on est de supers mamans ! Chacune à sa façon !
    Répondre
    • Pasquunemere
      21 octobre 2014 at 10:07 (3 années ago)
      Comme tu le dis, c’est un véritable tabou! On se doit, en tant que mère, d’être en symbiose avec son enfant dès sa naissance… C’est rarement le cas! Pour beaucoup d’entre nous, c’est une période plus que difficile! Mais, par mon article et vos divers témoignages, on constate une chose : on s’en sort! D’ailleurs félicitations pour le petit deuz’!!!
      Répondre
  4. Kleo
    21 octobre 2014 at 12:14 (3 années ago)
    Bonjour,

    J’ai vécu exactement la même chose que toi il y a quelques mois, et je ne peux que comprendre ce sentiment abyssal. C’est très difficile à admettre, non seulement aux autres, parce qu’on se dit qu’on doit mal faire les choses et qu’on ne rentre pas dans le moule de la parfaite mère de famille, mais surtout à soi-même.
    Je te souhaite d’aller mieux (j’ai l’impression que c’est déjà un peu le cas) et de ne plus t’oublier.

    Très sincèrement

    Répondre
    • Pasquunemere
      21 octobre 2014 at 13:28 (3 années ago)
      Merci pour ton témoignage! Comme tu le dis si justement, l’avouer aux autres est une chose mais le reconnaître soi même en est une autre… Et effectivement je vais nettement mieux. Je vais bien tout court en fait 😉
      Répondre
  5. sophie mum
    21 octobre 2014 at 12:40 (3 années ago)
    Nos enfants nous apprenent bcp sur nous, ici ce j’apprends tous les jours à etre mère et être meilleur chaque jour à balayé les erreurs que j’ai pu faire
    Répondre
    • Pasquunemere
      21 octobre 2014 at 13:29 (3 années ago)
      C’est exactement ça : on apprend tous les jours à être mère. Je n’aurais pas dit mieux!!!!
      Répondre
  6. zanysatine
    21 octobre 2014 at 16:44 (3 années ago)
    et bennnn ….moi aussi il m’est arrivée d’appeler mon Jules pour qu’il rentre plus tot car bébé pleurait beaucoup mais pour autant j’ai beaucoup apprécié mon congé maternité et les mois passés avec elle.Mais heureuse de retravailler aussi à temps plein ^^ Contente que maintenant tout soit rentrer dans l ordre pour toi en tout cas !
    Répondre
    • Pasquunemere
      22 octobre 2014 at 11:15 (3 années ago)
      Oui ça a été très difficile… Mais effectivement, aujourd’hui les choses se sont nettement apaisées… Et heureusement!
      Répondre
  7. petite yaye
    21 octobre 2014 at 18:04 (3 années ago)
    C’est bien d’en parler car on nous balance des images idéalisées, parfaites, d’un bonheur et d’une vie comblée, on sort à peine de notre « bulle » de grossesse et on n’est pas, mais pas du tout préparé à cela. Chacun vit cette période à sa manière, mais effectivement pour beaucoup (dont je fais partie), ce ne sont pas les meilleurs souvenirs de notre vie, loin de là ! Merci pour ton témoignage !
    Répondre
    • Pasquunemere
      22 octobre 2014 at 11:16 (3 années ago)
      C’est tout à fait ça! On assiste à une sorte de propagande de la mère comblée par son enfant, en symbiose avec ce dernier, épanouie à souhait… Ce qui fait qu’au final, quand tu le vis, tu te dis « bah merde, qu’est ce qui déconne chez moi?!? »
      Répondre
  8. Doudou Lardon
    30 octobre 2014 at 13:09 (3 années ago)
    oooh comme je me sens en phase avec ton article!
    Les premiers mois ont été terribles pour moi, une horreur. Et quelle culpabilité de réagir ainsi, de ne pas être heureuse! Surtout que l’entourage proche ne comprenait pas ma réaction excessive.
    Je pense que je me suis également trop coupée du monde, à rester enfermée avec lui, à écouter avec angoisse le moindre bruit m’indiquant que sa sieste était terminée et où je me demandais « mais qu’est ce que je vais en faire jusqu’au prochain biberon??? »
    J’ai appelé chéri pour pleurer un jour où j’étais à bout et où le petit hurlait.
    Je n’osais pas sortir, je refusais de voir nos amis car je ne voulais pas qu’ils aient conscience de mon mal être, qu’ils jugent la (mauvaise) mère que j’étais.
    Je m’isolais, je m’enfonçais de plus en plus.
    En parcourant les blogs, je m’aperçois qu’on est finalement nombreuses à ressentir ça, alors pourquoi personne n’en parle ? Pourquoi notre entourage nous regarde avec des yeux écarquillés quand on ose dire que ça ne va pas ?

    Si ça t’intéresse, j’ai publié 2 articles sur la dépression post partum sur mon blog: http://bit.ly/1rHXwnp et http://bit.ly/1yDSjDj

    Aujourd’hui tout comme toi tout s’est arrangé et je suis vraiment heureuse. Mais aussi parce que je ne suis plus tout le temps avec mon fils, que je peux penser aussi à moi et pas seulement à lui, que j’ai pris du recul et qu’on s’est apprivoisés. Ce bonheur dont on parle, on peut dire que je le ressens, mais il aura fallu presque 4 mois tout de même, beaucoup de remises en questions et de travail sur moi-même !

    Je te souhaite le meilleur pour la suite.

    Répondre
    • Pasquunemere
      30 octobre 2014 at 15:54 (3 années ago)
      J’aime à lire que mon article te parle. En effet nous sommes nombreuses à avoir vécu une période quelque peu « chaotique » après l’arrivée de bébé. Mais comme tu le soulignes, très peu de retour sur tout ça… Tabou, non dit, pression de toute sorte, il n’est pas évident de s’exprimer autour de cela. Je suis contente de voir que tu vas mieux et que les relations avec ton fils se sont apaisées! Je m’en vais lire ton article! Merci pour ton témoignage!
      Répondre
    • Pasquunemere
      3 novembre 2014 at 15:53 (3 années ago)
      J’ai lu ton article! Criant de vérité! Oui je vais mieux! Fort heureusement sinon c était direction hôpital psy à coup sûr! J’espère qu’il en est de même de ton côté!
      Répondre
  9. Rose comme trois pommes
    27 février 2015 at 12:52 (2 années ago)
    Je me reconnais beaucoup dans tes mots.
    « L’accès à la maternité a réveillé en moi des souffrances profondément enracinées. Cela a mis en exergue mes pires angoisses ». C’est exactement ça, et j’espère que reprendre une vie professionnelle va m’aider à en sortir.
    Répondre
    • Pasquunemere
      27 février 2015 at 13:01 (2 années ago)
      Je te le souhaite de tout coeur!! En l’occurrence, reprendre le boulot c’est précisément ce qui m’a aidée à sortir de tout ça!
      Répondre
  10. CELESTINE
    15 janvier 2016 at 22:17 (2 années ago)
    Quel plaisir de lire tout cela.

    Pour moi aussi c’est l’horreur. J’ai l’impression de vivre un cauchemar depuis que mon bébé est là, même si ce n’est absolument pas de sa faute, je l’aime mais je regrette tellement ma perte de liberté, j’ai l’impression d’être devenue une esclave. Et la situation est encore aggravée par des problèmes de voisinage…. qui font que je ne peux pas laisser bébé pleurer. Comment faire pour l’habituer à dormir seul ? Je suis tellement stressée que j’ai des crises d’angoisse, voire de panique
    j’attends avec impatience la reprise du travail et de laisser bébé à la nounou. Personne ne m’avait prévenue, tout le monde me dit « profite », j’hallucine, c’est quoi ce tabou ? Demain je vois le médecin pour qu’il me prescrive des anxyolitiques, bonjour l’épanouissement….

    Merci de m’aider à déculpabiliser

    Répondre
    • Pasquunemere
      16 janvier 2016 at 16:26 (2 années ago)
      Tu n’es pas seule à être dans cet état de détresse! C’est en effet très tabou mais bon nombre de mères vivent très mal leur congé maternité (et dire que je vais remettre ça avec l’arrivée de bébé 2 d’ici peu)… Je ne peux que te conseiller de t’entourer dans cette période si difficile! Et, si cela peut te rassurer, sache que la reprise du boulot a été un véritable soulagement pour moi! Je te souhaite plein de courage <3
      Répondre
      • CELESTINE
        16 janvier 2016 at 19:43 (2 années ago)
        merci pour ta réponse. Combien de temps t’a-t-il fallu pour retrouver un équilibre ?
        Répondre
        • MLisette
          18 janvier 2016 at 17:45 (2 années ago)
          Célestine,
          Oh non tu n’es pas seule! Plus de 100000 femmes touchées annuellement par ce que nous appelons chez Maman Blues la difficulte maternelle.
          Pour ma part, j’ai vécu une descente aux enfers dès mes deux mois de grossesse. J’ai sombré pour m’effondrer complètement apres l’accouchement. Il est important de verbaliser ta souffrance auprès d’un professionnel sensibilisé et compétent.
          Et pour moi aussi la reprise du travail a été salvatrice.
          Répondre
        • Pasquunemere
          18 janvier 2016 at 21:04 (2 années ago)
          Je ne vais pas te mentir, il m’a fallu un certain temps… Mais les choses s’amélioraient vraiment de jour en jour…
          Répondre

Leave a Reply