Parce qu’être parent, c’est aussi ça…

pleine lune parent seul

6 heures du mat’… L’aube, l’aurore, tu ne sais plus… Le silence absolu… Une nuit si sombre que le soleil peine à émerger… Au milieu de cet univers en suspens, tu es là, les yeux bien ouverts et le cerveau en ébullition. Pourquoi un tel état de nerfs ? Pourquoi ce qui-vive permanent ? Pourquoi cette sensibilité exacerbée ? Pourquoi cette inquiétude intérieure ? Parce que tu es mère… Rectification, parce que tu es  une mère privée de repos…

On t’avait pourtant prévenue : « prépare toi, tu vas découvrir les nuits hachées, le sommeil en pointillés, les multiples réveils nocturnes, … ». Des mots, juste des mots… S’il est une chose que l’on ne peut décrire justement, c’est la privation de sommeil… Indescriptible et pourtant universelle… Qui n’a pas connu cet état : après une nuit festive, après une nuit parsemée d’angoisses, après une nuit torride, après une nuit…

Mais rares sont ceux pour lesquels cet état perdure… Et pourtant, ils existent. Ils sont là, à côté de toi au boulot, une tasse de café entre les mains. Ils sont aussi là, dans le train, la tête vrillant au moindre soubresaut. Ils sont là au supermarché, l’œil hagard, comme robotisés. Partout. Ils sont là. L’ombre d’eux-mêmes…

Evidemment, tu te vois prodiguer les conseils de bien-pensants : confie-les, repose-toi, prends du temps, détends-toi, relativise… Ces conseils, la plupart du temps énoncés avec toute la bienveillance du monde, ne font que renforcer ton sentiment de solitude : personne ne me comprend…

Et pourtant… Ces sentiments qui t’animent, savoureux cocktail explosif, ne sont pas étrangers à tous… Cette fatigue éreintante, cette colère permanente, ce sentiment d’injustice, cette hyperréactivité, cette boule logée au plus profond de toi… Je connais tout ça… Je sais qu’il t’est peut être même arrivé, parfois, de regretter… Regretter d’être devenu parent… Puis, l’instant d’après, cette culpabilité qui t’assaille… Comment avoir osé penser ça ?…

Parce qu’être parent, c’est aussi ça…

Le plus grand risque dans ta vie, c’est de ne pas en prendre…

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J’ignore encore comment cela m’est arrivée… Cela s’est sans doute installé insidieusement, sans même que je ne sois en mesure de m’en apercevoir. Ou bien l’ai-je vu mais décidé de passer outre, croyant à un petit passage à vide. Seulement cette errance a duré, duré, duré…A tel point qu’aujourd’hui, elle fait partie de moi.

Mes proches m’ont interpellée, me signifiant qu’ils me trouvaient différente. Evidemment, j’avais toujours un contre-argument à leur opposer : fatigue, stress, … A ce moment là, je croyais dur comme fer à ma plaidoirie. J’étais la même, avec quelques tracas supplémentaires certes…

Ne dit-on pas que la vie est faite d’épreuves ? Je l’expérimentais quotidiennement. Chaque jour m’apportait son lot de soucis. Jamais rien de grave. De simples petits riens  qui viennent s’amonceler pour finir par former l’infranchissable, l’insurmontable, l’inextricable.

Le moindre geste du quotidien était devenu dur labeur. Se lever, se doucher, s’occuper des enfants, préparer le repas, … des automatismes effectués sans plaisir aucun. Cela me convenait. Pas de plaisir mais pas de douleur. Mon cœur était bien à l’abri dans sa tour d’ivoire. Inaccessible, rien ni personne ne pouvait m’atteindre.

Et puis, la fois de trop… Un événement lambda a déclenché ma fureur… Comme possédée, j’étais en effet tellement devenue inaccessible que rien ni personne ne pouvait m’apaiser. Et, là, à cet instant, tout a pris sens. L’origine de mon Mal était logé là, juste sous mes yeux. J’acculais le quotidien, les gens, la vie, … Vaste leurre… La personne qui me nuisait le plus n’était autre que moi.

Se protéger de tout en ne vivant rien. S’éloigner des autres qui ne comprennent pas. Etre là sans être là. Toujours en surface. Ne jamais vivre l’instant. Par peur d’être déçue, par anticipation du pire, par crainte de l’avenir… Et finalement devenir spectatrice de sa propre existence. Tel était mon syndrome…

Je ne dis pas qu’aujourd’hui, les choses vont mieux. Mais j’y travaille. Etre là, vraiment. Ne plus incarner cette présence fantomatique. Vivre ma vie, pleinement, sans craindre le pire. Car, à tenter d’esquiver le malheur, je passe simplement à côté du bonheur…

Je me sens comme un intrus dans ma maison…

papa enfant

Ces mots, forts, sont à la hauteur de ce que l’Homme ressent… « J’ai beau lutter contre ça, je me sens absent… Je vois bien qu’ils sont plus proches de toi… Tu es leur repère, moi je me sens accessoire… »

Bien avant d’avoir des enfants, nous avions chacun notre vision de la parentalité. Etre plus présent que son propre père, tel était l’objectif de l’Homme. Force est de constater qu’il se sent échoué.

A mes yeux pourtant, il est le meilleur papa dont mes enfants puissent rêver. Toutefois, mon point de vue importe peu. J’ai beau tenter de le rassurer, l’encourager, le réconforter, le conseiller. Rien y fait. Il se sent défaillant.

Malgré lui, il est très accaparé par son boulot. Il ne fait pas d’heure supplémentaire, pas d’astreinte, pas de déplacement. Mais les faits sont là. J’ai des horaires plus souples que l’Homme. Naturellement, je passe donc plus de temps avec les enfants. Nous avons nos rituels, nos repères. Le soir venu, lorsqu’il rentre, il doit se greffer. « Je me sens spectateur » dit-il. Comment ne pas le comprendre…

A ma façon, je tente de le faire participer à notre quotidien. Je lui raconte de petites anecdotes. Je lui envoie des photos. Je lui fais part de tout, des bons moments comme des mauvais. Je lui demande conseil. La plupart du temps, cela lui fait plaisir. Cependant, parfois, je sens bien qu’il est peiné d’être loin de nous, comme s’il nous regardait vivre à travers un écran…

Il entretient pourtant une relation privilégiée avec ses enfants. Ils ont leurs moments. J’essaie, autant que faire se peut, de ne pas m’immiscer. Toutefois, lorsque je m’éloigne un peu trop, les enfants me cherchent, me réclament. A mon sens, ils ont simplement besoin de savoir que je suis là. L’Homme interprète cela comme si, lui, ne leur suffisait pas…

Alors que faire ? Comment l’aider à se sentir plus épanoui dans son rôle de père ? De toute évidence, la façon dont nous vivons les choses ne le satisfait pas. Mon approche actuelle est de continuer à en discuter avec lui afin qu’ensemble, nous trouvions des solutions. Le chemin sera sans doute long mais je ne doute pas de lui. Il trouvera SA place.

Et chez toi, comment cela se passe ? Plutôt papa épanoui ou papa frustré ?

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