Ensemble, c’est tout…

ensemble c'est tout

Si tu ne les as pas encore lues, tu trouveras ici la première partie de mon récit et la seconde.

Rapidement, les enfants furent couchés. Rapidement, l’Homme avança des excuses qu’il pensait à demi-mot. Nous aurions pu nous en tenir là. Nous aurions pu reprendre le chemin de cette vie insipide. Nous aurions pu réajuster nos œillères et continuer à avancer dans cette pénombre.

J’en décidai autrement. Calmement, sans rancœur, sans amertume, sans colère, les mots sortirent de ma bouche comme l’évidence…

Si tu n’es pas heureux avec nous alors pars…

Pris au dépourvu, l’Homme se tut. Toutefois, son visage, lui, s’exprimait. Un savoureux mélange de stupeur, colère, tristesse, incompréhension. Je l’invitai à mettre des mots sur ce raz de marée émotionnel auquel il était confronté. Jamais jusqu’alors il n’avait été question de séparation dans notre couple.

Assez vite, il retourna mes propos en ma « défaveur » invoquant le fait que je ne l’aimais plus. Il n’en était rien. Bien au contraire. C’est précisément parce que je l’aimais que je souhaitais le meilleur pour lui. Et si le meilleur était ailleurs, alors qu’il parte… Qu’il trouve le bonheur sans nous…

Il n’était plus pensable que nous continuâmes de vivre ainsi. La perspective de devenir mère célibataire, bien qu’effrayante, me semblait être la seule solution envisageable. Mon Homme, mon pilier, n’était plus…

Nous discutâmes des heures durant. De cette maison qu’il ne supportait plus. De cette appréhension de chaque instant passé au sein de notre foyer. De cette relation délétère qu’il entretenait avec son fils. Du temps qu’il passait, chaque soir, seul dans sa voiture, à trouver l’énergie d’ouvrir cette porte, notre porte.

Nous avons parlé ainsi. Encore et encore. Lui pour vider ce trop-plein négatif. Moi pour enfin avoir accès à lui. Comme s’il importait que nous ayons toutes les données en tête afin de prendre une décision. LA décision. Puis nous allâmes nous coucher, sans toutefois parvenir à trouver le sommeil.

Le lendemain, la vie repris son cours. L’école, la crèche, le travail, la routine… L’Homme et moi qui, d’ordinaire ne restions pas plus d’une heure sans échanger, sommes restés sans nouvelle l’un de l’autre. Je savais qu’il lui fallait du temps et je le lui laissais.

De mon côté, je tentais de ne pas imaginer « l’après ». Tant que je ne savais pas, il me semblait inutile de me projeter. Le cerveau humain étant ce qu’il est, je ne pouvais toutefois pas m’empêcher de me poser 1001 questions

Et s’il partait ? Et s’il ne faisait plus partie de ma vie ? Comment l’expliquer aux enfants ? Comment vont-ils vivre tout cela ? Comme les épargner ? Comme vais-je faire sans lui ?

Puis, en milieu d’après-midi, la sonnerie de mon portable retentit. C’est lui, je le sais. Fébrile, je déverrouille mon téléphone quand enfin, son message s’affiche

Je ne veux pas te perdre…

Les mots étaient posés. Il avait pris sa décision. Il souhaitait rester. Soulagée d’un énorme fardeau, je n’en restais pas moins lucide. Il voulait rester certes, mais pas sans conditions.

Alors le plus gros chantier de notre vie nous attend…

 

Pars…

pars

Pour lire la première partie de mon récit, c’est par ici.

Pour ne pas faire souffrir l’autre avec nos états d’âme, nous n’échangions plus. Allant jusqu’à une rupture totale de communication. Seuls, livrés à nous-mêmes, nous nous sommes peu à peu déconnectés de nos émotions. Ne plus ressentir pour ne plus souffrir. Nous avancions dans la vie, tels des robots. Déshumanisés. La vie est ainsi.

Puis, un jour, la goutte d’eau. La courte nuit de trop, la provocation de trop, le regard de trop… Trop ! Ce jour-là, s’est produit l’évènement qui a tout fait basculer…

C’était un dimanche midi. Comme tous les dimanches midis de cette période, tristes, maussades, sans saveur… Nous nous apprêtions à servir le repas aux enfants. Le quatr’an, qui devait être à sa vingtième « provocation » de la journée, a prononcé la phrase de trop. Le contenu m’en échappe aujourd’hui mais la réaction de son papa, elle, reste bien ancrée…

Dire qu’il s’est transformé ne serait pas être fidèle aux faits. En l’espace de dix petites minutes, il a déversé la colère, l’amertume, la tristesse, la frustration cumulée depuis des mois… Un flot de paroles acerbes, de propos blessants avec, en trame de fond, la phrase suivante :

Je ne vous supporte plus !

Tel était le contenu de sa tirade. Voyant qu’il n’était plus lui-même, comme possédé, j’ai pris la décision de prendre les enfants et de quitter la maison, le temps nécessaire. Le temps qu’il lui fallait pour recouvrer ses esprits, si tant est que cela soit possible.

Nous sommes allés nous « réfugier » chez mes parents. Et, pour la première fois depuis des mois, j’ai parlé… J’ai vidé ce sac bien trop lourd, j’ai posé ce fardeau bien trop pesant… Cette vie, ma vie, n’était pas ce que je voulais. Ces enfants n’étaient pas ceux que j’espérais. Cet homme n’était pas celui que j’aimais.

Des heures durant, je me suis vidée. De ce trop plein, de ce trop vide, de ce tout qui faisait de moi ce que j’estimais être une moins que rien. Puis, le temps d’un instant, j’ai confié mes enfants à mes parents. Afin de ME retrouver. Faire le point. Questionner. Prendre du recul. Et décider. A ce moment précis, un message de l’Homme

Je suis calmé…

L’heure était venue de rentrer à la maison. Bain, dîner, préparation des affaires du lendemain, la vie reprenait son cours. Normalement aux yeux des enfants et de l’Homme. Or, de mon côté, les choses étaient tout autre. Le soir même, je savais que m’attendait l’une des discussions les plus importantes de ma vie. La discussion qui, possiblement, pouvait tout changer. Pour ne plus subir. Pour ne plus errer. Pour vivre !

Rapidement, les enfants furent couchés. Rapidement, l’Homme avança des excuses qu’il pensait à demi-mot. Nous aurions pu nous en tenir là. Nous aurions pu reprendre le chemin de cette vie insipide. Nous aurions pu réajuster nos œillères et continuer à avancer dans cette pénombre.

J’en décidai autrement. Calmement, sans rancœur, sans amertume, sans colère, les mots sortirent de ma bouche comme l’évidence…

Si tu n’es pas heureux avec nous alors pars…

La vie est ainsi…

la vie est ainsi

Les vacances de Noël s’étaient bien déroulées. Du repos, des activités en famille, du temps pour soi, du temps pour nous, du temps pour tous… Puis un merveilleux nouvel an entouré d’amis… Les ingrédients étaient réunis pour amorcer un joli début d’année…

Pourtant, le retour à la réalité s’est avéré bien difficile… Etait-ce dû à cette parenthèse enchantée que nous avions connu durant les vacances ? Etait-ce dû à la privation de sommeil que nous faisait toujours bel et bien endurer notre 20 mois ? Etait-ce dû aux trop nombreux problèmes de comportement auxquels nous confrontait notre quatr’an ? Etait-ce dû au boulot ? A notre couple ? A nous-mêmes ? A tout ça…

La dégradation fut progressive et, de fait, bien insidieuse… Telle la grenouille que tu plonges dans l’eau froide avant d’augmenter la température jusqu’au point de non retour… Nous n’avons rien vu venir.

Les réveils matinaux étaient de plus en plus difficiles. « Se réveiller est compliqué pour tout le monde » nous disions-nous. Se rendre au travail nous coûtait également « en même temps, rares sont ceux qui s’éclatent à leur boulot ». Rentrer à la maison et entamer la deuxième journée auprès des enfants était un moment pénible « mais c’est le lot de tous les parents ou presque ». A chaque émotion négative, nous trouvions une explication raisonnable. Emotion/raison, raison/émotion, difficile calibrage avec lequel nous jouions. La vie est ainsi.

L’humeur maussade s’est installée, durablement, profondément, comme faisant irrémédiablement partie de notre foyer. L’Homme et moi étions devenus colocataires, les enfants, nos propriétaires. Ils étaient nos bourreaux. Bourreau de sommeil pour l’un, bourreau provocateur pour l’autre. Nous étions à leur disposition, pour ce que nous estimions tout. Mais en réalité disponible pour rien. Ni pour eux, ni pour notre couple, encore moins pour nous-mêmes.

Bien que nous ne épanouissions pas, nous avancions, avec raison encore, que « La vie est ainsi. Nous profiterons lorsqu’ils seront plus grands ». Espérer, encore et toujours, un avenir meilleur qui n’arrive jamais…

Trimbalé d’un environnement à un autre, boulot, maison, crèche, école, l’Homme et moi subissions. Les décisions de nos employeurs, les désidératas de nos enfants, les griefs de la maîtresse… Telles des éponges, nous absorbions sans jamais pouvoir s’épancher. La vie est ainsi.

Pour ne pas faire souffrir l’autre avec nos états d’âme, nous n’échangions plus. Allant jusqu’à une rupture totale de communication. Seuls, livrés à nous-mêmes, nous nous sommes peu à peu déconnectés de nos émotions. Ne plus ressentir pour ne plus souffrir. Nous avancions dans la vie, tels des robots. Déshumanisés. La vie est ainsi.

Puis, un jour, la goutte d’eau. La courte nuit de trop, la provocation de trop, le regard de trop… Trop ! Ce jour-là, s’est produit l’événement qui a tout fait basculer…