Quand une amitié s’achève…

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Dans l’un de mes billets, j’ai évoqué très brièvement le fait d’avoir connu une déception amicale. Je souhaitais donc aujourd’hui développer un peu autour de cette histoire.

2002, je viens d’obtenir mon bac. Je quitte le domicile parental, mes amis, mes repères pour aller faire mes études. Certes, je ne pars pas bien loin mais c’est le début d’une nouvelle vie. A moi l’autonomie !

Le quotidien chez mes parents est assez stricte. Discipline sévère, sorties plus que limitées, je suis donc joie de me retrouver seule… D’ailleurs, j’ai souvenir d’avoir pris la voiture, comme ça, pour le plaisir de rouler et de m’être retrouvée paumée sur l’autoroute…

Les premiers jours à la fac se révèlent plus difficiles que je ne l’avais imaginé. Un grand campus, beaucoup d’étudiants, la parfaite recette pour se sentir noyée dans la masse. J’erre donc de cours en cours à la recherche de visages familiers, tâche plus que complexe étant donné qu’en première année, nous sommes près de 600.

Je prends pour habitude de m’installer au fond de l’amphithéâtre. Là, je me sens plus à l’aise, moins étouffée par la masse. Je constate qu’une jeune femme a également pris ce réflexe. De cours en cours, nous nous retrouvons donc souvent à la marge de toute cette cohue. Nous n’osons pas nous parler, difficile d’aborder quelqu’un (enfin pour moi et pour elle aussi visiblement).

Puis, un jour, à la pause, nous osons enfin. Je ne sais plus qui fait le premier pas. Je me rappelle simplement de quelque chose de naturel, d’allant de soi. Nous parlons dans un premier temps de nous, d’où nous venons. Nous nous apercevons que nous sommes originaires de la même ville, que nous fréquentons les mêmes endroits et ce, sans jamais s’être aperçues… Puis, nous poussons les confidences jusqu’à parler de nos amoureux de l’époque. Nous nous confions à tel point l’une à l’autre que c’en est indécent. Nous oublions même de retourner en cours…

Je n’ai pas pour habitude de me livrer aussi facilement. Je suis désarçonnée par cette rencontre. Nous partageons beaucoup de points communs dont celui d’être seules dans une grande ville. Le lendemain, nous nous retrouvons en cours. Nous discutons encore et encore, avides d’en découvrir davantage l’une sur l’autre.

Notre complicité évolue de jours en jours. A deux, nous nous sentons plus fortes pour affronter cette nouvelle vie. Nous découvrons cette ville qui est désormais la nôtre. A force d’en arpenter les rues, elle n’a bientôt plus de secret pour nous. A la fac, nous sommes le repère l’une de l’autre.

Plus les mois passent et plus la sagesse s’efface. Nous arpentons les pubs, les restos, les boîtes, etc. Nous nous investissons à fond dans notre rôle d’étudiante ! Nous nous créons un groupe de potes mais nous savons que ce qui compte c’est notre amitié. C’est notre phare dans cette vie qui parfois nous échappe.

Le temps passe, nous grandissons. Fini les fiestas à gogo. Nous rencontrons l’une comme l’autre l’Homme. Loin de nous éloigner, nos histoires amoureuses respectives nous rapprochent. Nous partageons la naissance des sentiments, la passion, les pleurs, l’amour.

En 2009, nous obtenons notre diplôme. Fini les études, place à la vie active. Nous retournons donc dans notre ville d’origine où chacune s’installe avec son homme. Nous trouvons du boulot. Nous restons l’une pour l’autre un repère dans cette nouvelle vie d’adulte.

Nous avons pris pour habitude de nous voir une fois par semaine. Il n’est pas question qu’on se laisse bouffer par ce quotidien. Lors de nos rencontres, nous nous surprenons à parler maison, mariage, bébé. Nous grandissons, l’une à côté de l’autre.

En 2010, elle est la première à se lancer dans le projet « maison ». Elle me raconte les méandres des visites décevantes, des simulations de prêts, des compromis qu’elle doit faire compte tenu des envies de son homme, etc. Jusqu’au jour où ils trouvent enfin la maison de leur rêve. Une magnifique maison à la campagne. A sa crémaillère, je la regarde évoluer parmi ses convives. Je suis fière d’elle. Très prise par son rôle de maîtresse de maison, nous trouvons peu de temps pour discuter. Pas grave, me dis-je, nous débrieferons autour de notre rendez-vous hebdomadaire.  Sauf que…

La semaine suivante, je lui envoie un message lui disant à quel point je trouve sa maison superbe, la façon dont  elle m’a impressionnée dans la réalisation de ce projet. Je lui fais part de toute ma fierté. Pas de réponse de sa part. Pas grave, je réitère dans la semaine en lui proposant de se retrouver pour déjeuner. Toujours pas de réponse. Je m’inquiète. Elle ne peut décemment pas ne pas me répondre. Il a du lui arriver quelque chose. J’appelle encore et encore, en vain… Il m’est impossible d’imaginer qu’elle m’ignore.

Pourtant, les jours passent, les semaines passent, et rien… Je n’ai plus aucune nouvelle de sa part. Je ne comprends pas ce qu’il se passe. Je ne parviens pas à m’expliquer ce qui arrive. Comment le pourrais-je ? Mon amie de toujours vient de couper les ponts avec moi du jour au lendemain et ce sans aucune explication. Incompréhension, colère, tristesse, déception, je passe par tout un panel d’émotions qui me malmènent.

Enfin  je réalise : elle ne veut plus de moi dans sa vie. Elle n’a pas le courage de me le dire mais elle a tiré un trait sur notre amitié. 1000 fois dans ma tête je me repasse cette pendaison de crémaillère en me demandant si j’ai pu faire quelque chose qui l’aurait heurté. Je cherche une explication rationnelle à tout ça. Il n’y en a pas. Elle n’a simplement plus eu besoin de moi.

J’ai appris par des connaissances communes qu’elle est maman. J’aurais tellement aimé que l’on partage ça ensemble. Elle a fait le choix du contraire.

En 2012, mon amie a rompu avec moi. Et je ne m’en remets toujours pas…

 

12 Comments on Quand une amitié s’achève…

  1. Aventure bébé
    29 avril 2014 at 09:26 (3 années ago)
    Parfois le temps fait parler les gens, les choses et les événements. Peut-être en sauras-tu plus avec le temps sur les raisons de cette rupture soudaine ? Et si demain elle revenait vers toi, lui en voudrais tu ?
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    • Pasquunemere
      29 avril 2014 at 09:36 (3 années ago)
      Souvent quand je rêve d’elle, je la vois revenir vers moi et m’expliquer le pourquoi du comment. Je ne me vois pas lui pardonner. Deux ans que je me triture les méninges avec cette histoire. Elle était mon amie et elle continue de me faire souffrir. Dans l’éventualité où elle reviendrait, comment oublier tout ça…
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  2. Millie
    29 avril 2014 at 11:16 (3 années ago)
    Qu’il est dur de se rendre compte que nous ne sommes qu’un « instant » dans la vie de quelqu’un qui nous étais si cher…

    Cela m’est aussi arrivé, 10 ans sont passés, et mes rêves continuent. La douleur s’est estompée, mais le souvenir du sentiment de n’être rien à cette époque, pique quand même un peu…
    A mon sens, la rupture amicale est plus douloureuse que l’amoureuse : elle ne devrait pas avoir lieu d’être ! Faire confiance et offrir son amitié après « ça » est très difficile… Mais pas impossible. En revanche, le retour en arrière, lui l’est. Avance, laisse ton esprit rêver cette amitié qui te manque, et tente par tous les moyens de ne pas y penser en étant éveillée…
    <3

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    • Pasquunemere
      29 avril 2014 at 11:29 (3 années ago)
      Je trouve également que les ruptures amicales sont bien plus douloureuses que les ruptures amoureuses. Il y a un côté « indélébile ». J’ai pu m’investir dans d’autres amitiés depuis (même si je me livre moins facilement, chat échaudé…). J’ai fait de très jolies rencontres.

      La plupart du temps, je n’y pense pas. Mais, comme tu dis, je ne peux empêcher mon esprit d’en rêver. Peut être est ce le travail nécessaire pour faire le deuil de cette histoire… Toujours est il que ces rêves là, je préférerais ne pas m’en souvenir car les réveils sont bien difficiles…

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  3. Céline
    18 novembre 2014 at 11:41 (3 années ago)
    Oh quelle déception….je n’ai jamais eu ça pour l instant des déception minimes où je me suis séparée sans encombre ! Je suis navrée pour toi…et une explication même par lettre aurait été la bienvenue…
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    • Pasquunemere
      18 novembre 2014 at 12:07 (3 années ago)
      Une rupture amicale c’est terrible… J’ai vraiment la sensation que je n’oublierai jamais. J’irais même plus loin en disant que je ne lui pardonnerai jamais… Je pensais avoir un peu avancé vis à vis de tout ça mais, lorsque j’ai appris qu’elle postulait, j’ai été envahie par la colère!!!
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  4. Marina
    18 novembre 2014 at 18:54 (3 années ago)
    bizarre comme réaction , elle aurait pu te le dire , qu’elle voulait espacer vos rdv…enfin d’expliquer le pourquoi du comment
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    • Pasquunemere
      19 novembre 2014 at 12:56 (3 années ago)
      Effectivement, j aurais préféré qu’elle me dise « tu ne m apportes plus rien » plutôt que le silence…
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  5. Lo
    31 mars 2015 at 11:47 (2 années ago)
    Je viens de tomber sur cet article en lisant celui sur votre sortie au resto et bouhou (c’est un chouinement), ça fait tristement écho à ce que j’ai vécu en double (deux amies d’un coup).
    C’est triste quand même … surtout quand il n’y a aucune explication derrière …
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    • Pasquunemere
      8 avril 2015 at 09:19 (2 années ago)
      Deux amies d’un coup?!? La vache! Et le pire en effet, c’est de ne pas connaître les raisons de cette rupture… Toujours ce sentiment amer d’inachevé et cette incompréhension…
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  6. Monica
    5 avril 2015 at 12:50 (2 années ago)
    ça me touche énormément ce que tu viens d’écrire parce que je viens justement de vivre une rupture amicale également…ça fait mal et je ne comprends pas…
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    • Pasquunemere
      8 avril 2015 at 09:04 (2 années ago)
      C’est ça le pire, ne pas comprendre… Encore quand on saisi les raisons de la rupture, pourquoi pas (et encore, ça n’en reste pas moins difficile). Mais lorsque les choses ne sont pas claires, on se questionne encore et encore… sans jamais trouver de réponse…
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