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Madame « attention » bonjour !

attention

Je suis une de ces mères flippées. Flippée que le tout p’tit tombe et se fasse mal. Flippée qu’il se coince les pieds dans les barreaux de son lit. Flippée qu’il se balance trop dans sa chaise haute. Flippée, flippée, flippée !

Le corollaire de cette trouille est l’activation du réflexe « attention ! ». Et oui, il est bien sûr évident que c’est en disant au tout p’tit « attention » qu’il va arrêter de suite de tendre dangereusement sa main vers le four. C’est en lui rabâchant les oreilles avec un « attention » qu’il va cesser de vouloir grimper dans l’escalier. C’est en le soulant avec mes « attention » qu’il va arrêter d’être un petit garçon de 14 mois qui découvre la vie…

La seule personne pour qui mes « attention » sont rédhibitoires c’est moi (et éventuellement mon homme). Sans déconner, entre le moment où le tout p’tit rentre à la maison (18h) et son coucher (19h30), je dois utiliser ce foutu mot au moins 20 fois.

Si au moins je l’utilisais de façon appropriée… Mais non, pensez bien… Je dis « attention » à tout-va : quand il essaie d’enchaîner quelques pas au milieu de dizaines de Lego, quand il essaie de se relever près du coin de la table basse, quand il remue comme un fou dans le bain, etc. Et je me demande : à force de le dire, est ce que le mot ne risque pas de perdre son sens premier à savoir celui d’un danger imminent ?

Evidemment, le tout p’tit risque de se faire mal, d’autant plus qu’en ce moment il est en période d’acquisition de la marche. Mais est-ce que risquer de tomber sur les fesses constitue un vrai danger en soi ? Est-ce qu’avaler un peu d’eau dans son bain risque d’entraîner une mort imminente ? Je ne suis pas convaincue…

Il faut que j’apprenne à lâcher du lest. Plutôt que de le freiner dans ses initiatives, ne devrais-je pas plutôt l’accompagner dans ses découvertes ?

D’ailleurs il en va de la survie auditive de mon homme qui, si je continue ainsi, risque de s’arracher les oreilles pour avoir la paix !

Oui je somatise, et alors ???

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Vous aurez pu constater à travers mes divers billets que je suis légèrement angoissée (bon, carrément, ok, je vous l’accorde !). Mais le problème n’est pas tant l’angoisse en elle-même, ça c’est entre mon cerveau et moi, mais plus le fait qu’elle se diffuse dans mon corps. Voilà, je somatise…

Et je vous garantie que le pouvoir du cerveau sur le corps est INCROYABLE ! J’en apprends chaque jour ! Je suis une expérience psychologique à moi toute seule. Enfin ce serait beaucoup plus drôle si je n’étais pas malade tous les 4 matins…

Bon, dans les grandes lignes, qu’est ce que ça donne :

  • Le tout p’tit est constipé –> je suis constipée
  • Le tout p’tit a une otite –> j’ai une otite
  • Le tout p’tit perce des dents –> je fais un abcès dentaire

Vous voyez le délire ? Ce qui est dingue c’est qu’en aucun cas, il ne s’agit de maladie contagieuse. Bon évidemment celles-ci je me les coltine également et puissance 1000.

Je suis dans un tel phénomène d’identification à mon fils qu’il faut que je sois malade lorsqu’il l’est lui-même. Comme si je devais souffrir avec lui…

Alors oui, sur le papier, c’est joli : oh une mère tellement aimante qu’elle partage tout avec son enfant… Mouais ! Parlons-en ! Car dans les faits, va-t’occuper de ton gamin lorsque tu as bronchite + otite + abcès ! Pur bonheur !

Alors mon homme, évidemment, se fait un grand plaisir à se foutre de moi : « et quand il va perdre ses dents de lait, tu vas te péter les chicots (argot « nordique » pour désigner les dents) ? » ; « tu veux que je te mette un peu de Dolodent » ; « tu veux un suppo de Chamomilla ? »… J’en passe et des meilleurs !

Je suis soutenue, j’vous raconte pas ! En même temps, s’il entrait dans mon délire, je sais pas jusqu’où j’irai… Peut être aurais je besoin d’une totote pour m’endormir qui sait ?…

Tu me fatigues avec tes angoisses !

EdvardMunch-TheScream-1893

Comme vous avez pu le comprendre, je suis une personne quelque peu angoissée… Evidemment, cela me bouffe considérablement l’existence ! Vous imaginez bien que penser que le tout p’tit va s’étouffer pendant la nuit, que mon homme est atteint d’une maladie incurable ou encore que ma maison va prendre feu car j’aurais potentiellement oublié d’éteindre mon fer à lisser exige beaucoup d’énergie de la part de mon cerveau. En effet, il faut qu’il passe par un certain nombre d’étapes afin que l’angoisse puisse être digne de son nom.

  • 1ère étape : choisir une donnée sur laquelle peut s’élaborer l’angoisse. Il faut savoir que le point de départ peut être un élément bénin de la réalité mais aussi quelque chose de complètement fantasmé
  • 2ème étape : à partir de cette donnée, il s’agit alors de laisser aller son imagination. Je pense d’ailleurs que, si jamais je souhaitais me reconvertir, je pourrais envisager une carrière en tant que scénariste de films catastrophes.
  • 3ème étape : place à l’affect ! Après avoir imaginé un scénario bien glauque, il faut l’investir émotionnellement. Et là, je mets le paquet !  Je donne tout ce que j’ai !
  • 4ème étape : se laisser envahir jusqu’à ce que plus rien n’existe à côté. Il faut savoir en effet qu’une angoisse prend beaucoup de place (un peu comme quand mon homme va se coucher et qu’il a un peu trop picolé !). Le reste n’existe plus ; l’attention doit être totalement accaparée par le scénario catastrophe…
  • 5ème et dernière phase : faire chi** le monde. Et oui, l’angoisse est tellement débordante qu’il faut qu’elle s’exprime. Il s’agit alors de choisir une cible (en ce qui me concerne, mon conjoint dans 99,9999% des cas) et tout décharger sur elle.

Stop à la théorie, place à une petite illustration :

  • Un soir, en donnant le bain au tout p’tit, je remarque que l’un de ses doigts de pied est un peu rouge et boursouflé. Je continue le dit bain, lui donne son bib et le couche. Je passe une soirée des plus sereines en zappant cette histoire de doigt de pied gonflé
  • Au moment de me coucher (le moment préféré de mes angoisses pour s’incruster), je repense à cette histoire de pied. Je me demande alors à quoi cela peut-il être dû. Et bim ! C’est parti ! De petite irritation, je passe à piqûre d’araignée pour finir par un ongle incarné qui ne peut que s’achever en panaris. Evidemment le dit panaris va lui-même provoquer une grave infection qui va nécessiter une amputation du pied !
  • C’est un fait maintenant acquis par mon cerveau, si on n’agit pas très rapidement, le tout p’tit va se faire amputer. Je vous laisse imaginer toutes les émotions qui me traversent à ce moment là. A savoir qu’il a du bien s’écouler 2 heures depuis le moment où je me suis couchée.
  • 3 heures du mat’, je ne pense plus qu’à ça. Il faut absolument que demain, dès l’aube, je prenne les choses en main : je vais prendre rendez-vous avec le doc ; non je vais appeler SOS médecin ; non, on va direct aller aux urgences (pour rappel, on part simplement sur un doigt de pied un peu rouge et gonflé). C’est le moment que le tout p’tit choisit pour pleurer (comme toutes les nuits). Evidemment qu’il pleure le pauvre, il a un panaris et va se faire amputer !
  • Je tourne et me retourne dans mon lit mais je ne tiens plus, il faut que j’en parle à mon homme. Je décide donc de le réveiller en pleine nuit (si, si je vous jure ! j’ose !) et lui dit, alors qu’il a à peine ouvert un œil : « je crois que le petit a une infection au pied. Il faut vite réagir parce que si ça se répand c’est l’amputation directe ! ». J’obtiens, pour seule réponse, un grognement suivi d’un « mais t’as des problèmes ! ». Je ne me contente évidemment pas de ça mais attends tout de même que le réveil sonne pour le harceler (oui je suis quelqu’un qui sait prendre sur soi tout de même ! Bon ok j’déconne !).

Monsieur daigne se lever et descend prendre son café. De mon côté, j’aurais évidemment bu une cafetière à moi toute seule en l’attendant. J’attaque direct « bon alors, on fait quoi pour le tout p’tit ? ». Ne se souvenant même pas de l’épisode nocturne, l’homme me demande de préciser pour finir par répondre « ça doit être une piqûre de moustique… Tu me fatigues avec tes angoisses ! ». Une piqûre de moustique !!!!!!! Une piqûre de moustique ??? Ah oui, une piqûre de moustique. J’en suis bourrée moi aussi en ce moment. Oups !

Voilà donc ce que cela peut donner. Mes angoisses me bouffent la vie et pas que la mienne d’ailleurs…

L’une des seules périodes de mon existence qui a été épargnée par ces fichues angoisses reste, aussi surprenant soit il, ma grossesse. J’étais sereine, limite insouciante… Mais bon, je ne peux décemment pas faire des enfants à tour de bras pour retrouver cet état de plénitude.

A tout hasard, les hormones de grossesse ne se vendraient pas en gélules ?…

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