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Oui, j’ai parfois regretté…

rewind

Quel choc aux oreilles de certaines personnes, qui plus est maman, d’entendre ces mots sortir de ma bouche : « oui, parfois, j’ai regretté mon choix de faire un enfant ». Je le dis aussi simplement que je l’assume. C’est un fait et je pense que ce fait est bien plus courant qu’on ne le dit…

Le week-end dernier, nous étions invités aux 30 ans d’un ami. Étaient présents des vieux parents, jeunes parents, futurs parents, pas parents. Bref, il y avait à boire et à manger. Et, je peux te dire que j’en ai choqué des personnes en assumant si clairement mes propos. J’ai même eu droit à un « mais tu l’as voulu ton fils ou c’était un accident ? ». Bah oui enfin, quelle mère pourrait regretter la venue au monde de son enfant ??? Une mère indigne, une mère qui ne souhaitait pas l’être, une mère malveillante, j’en passe et des meilleures ! Que veux tu, je juge, tu juges, nous jugeons, vous jugez, … le cerveau humain est ainsi fait !

Pourtant, je ne pense pas faire partie de ces mères. Oui, j’ai désiré au plus profond de moi cet enfant et pourtant, une fois présent, j’ai souhaité un impossible retour en arrière. Parce que, mon fils, dès lors qu’il est né, a amené avec lui une angoisse de mort que je ne connaissais pas. Une angoisse qui vous prend aux tripes, jour et nuit. Qui ne vous quitte plus, jamais. Plus jamais serein. Toujours inquiet. Plus jamais apaisé. Toujours sur le qui vive.

Alors oui, j’ai parfois regretté. Plus d’une fois, je me suis dit « mais quelle connerie j’ai fait là ! ».  Et je n’ai pas honte de le dire. Ce n’est pas que je ne voulais pas de mon fils. Je ne voulais juste pas être la personne que j’étais en train de devenir… Une mère hyper-préoccupée par son enfant. Une mère angoissée. Une mère démunie. Une mère désœuvrée. Une mère malheureuse…

C’est en changeant moi-même que j’ai fait évoluer les choses. C’est en vivant avec mon enfant que j’ai appris et que je me suis sentie « mère ». Toujours est-il que, oui, il est une époque où j’ai regretté… Et je n’ai pas peur de l’assumer…

Ces traumatismes que la maternité révèle…

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Hier, je suis allée à la rencontre de la directrice de la crèche de mon tout p’tit. En effet, je t’ai parlé de la convocation à laquelle nous avons eu à faire face… J’ai donc pris mon courage à deux mains et me suis rendue à son bureau…

Sur la défensive, braquée, mutique, notre entretien ne s’annonçait pas des plus bénéfiques. Je l’écoutais parler de mon enfant, comme s’il s’agissait d’un autre. Non pas que je renie ce qu’il est mais je me disais « comment a-t-on pu en arriver là ?… ». Des milliers de questions se bousculaient dans ma tête…

Puis une amorce d’explication s’est profilée. La directrice se montrant si bienveillante, je n’ai pu que lui en faire part :

Vous savez, le tout p’tit a eu pas mal de soucis de santé et ce, dès la naissance. Durant sa première année de vie, nous l’avons surprotégé. Nous craignions tellement pour lui. Aujourd’hui, nous payons sans doute notre attitude. S’il est dans la toute puissance, c’est en grande partie de notre faute.

Je formulais ces mots tout en étant extérieure à tout ça. Ca ne peut pas être vrai. Je ne peux pas croire qu’on se soit viandé ainsi. Je ne peux assimiler le fait que la façon dont on a élevé notre enfant soit responsable de tant de travers aujourd’hui. Et pourtant…

Oui je suis coupable. Peut être pas à 100%. Mais la façon dont j’ai appréhendé mon enfant durant ces longs mois a conditionné son comportement. Non, il n’a pas un caractère de merde. Il agit simplement comme il l’a toujours fait. Sauf qu’aujourd’hui, ses soucis de santé sont derrière lui. Ses soucis qui ont été notre quotidien. Qui ont biaisé nos rapports. Nous n’étions pas en mesure de jauger ce qui relevait de la douleur de ce qui relevait du reste. Nous avons anticipé tous ses besoins. Répondu à la moindre de ses sollicitations. Sans mettre de limite aucune. Voilà où nous en sommes.

Cet entretien avec la directrice a révélé des blessures. De l’accouchement. Des premiers mois de vie. De cette angoisse de mort qui a plané pendant trop longtemps…

Aujourd’hui j’ai peur. Peur que cet édifice que je me suis bâtie s’effondre. Parce que j’ai été dans le déni de toutes ces émotions. Parce qu’il me fallait tenir le cap pour mon enfant. Mais il est bien connu que c’est lorsqu’on baisse la garde qu’on se prend un juste retour de bâton. Je sais qu’il me faudrait en parler. Pourtant je ne me sens pas prête. Je crains de me laisser aller. Aujourd’hui, je me sens comme un château de cartes prêt à s’effondrer… Jusqu’où cela va-t-il me mener ?…

Mais serais je en mesure d’aider mon enfant si, moi-même, je n’ai pas des bases solides ?…

Un deuxième enfant… Pour réparer ?

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Depuis quelque temps maintenant, l’Homme et moi nous posons la question d’un deuxième enfant. Nous en discutons encore et encore sans jamais être en mesure d’arrêter notre choix.

Car, voyez vous, j’ai l’impression que décider de faire un deuxième enfant ne relève pas des mêmes mécanismes que pour un premier. Même si l’inconnu est présent pour tout enfant que l’on met au monde, l’expérience du premier apporte tout de même quelques éclairages sur ce qui nous attend. Mais là n’est pas le sujet de mon billet.

Je suis une personne qui se questionne beaucoup (trop ?). Et, au regard de mon introspection, je me demande dans quelle mesure faire un deuxième enfant ne serait-il pas un moyen de « réparer ».

Pour celles et ceux qui m’ont lue, vous aurez pu constater à quel point les premiers mois de vie de mon fils ont été difficiles. Nous avons mis beaucoup de temps à nous apprivoiser. Ce lien mère-enfant s’est créé lentement. Le handicap s’en est mêlé, générant beaucoup d’angoisse, ce qui n’est pas sans expliquer la façon dont j’ai vécu mon congé maternité.

Et cette envie d’un deuxième enfant me questionne : comment, au regard de tout ce que j’ai vécu, avoir ce désir ? La réponse qui me vient spontanément, c’est ce besoin de réparer. Or, je trouve cela totalement injuste : réparer auprès d’un deuxième enfant ce que l’on a fait subir au premier. Mes propos peuvent être perçus comme virulents. Or, c’est mon ressenti. Je suis honnête envers moi-même : je n’ai pas offert à mon fils une jolie entrée dans la vie. Certes, les choses se sont apaisées. Toujours est-il que les faits sont là.

Ce deuxième enfant, alors qu’il est seulement pensé, devrait avoir à porter tout ça… Et ça aussi, c’est injuste. Mais comment faire les choses autrement ? N’agissons nous pas en fonction de nos expériences passées ? Pourtant je culpabilise. Vis-à-vis de mon fils. De cet enfant qui a pâti de mon mal être. Sans rien n’avoir demandé à personne. Et ce deuxième enfant, à peine désiré qu’il doit déjà panser mes blessures…

A mesure que je pose ces mots, je m’interroge : sommes nous, enfin suis-je prête ? Déjà la question s’était posée pour notre fils. La réponse que nous avions alors trouvée à l’époque : nous ne serons jamais prêts. Que signifie être prêt ? Etre prêt à quoi ? Préparer oui mais prêt…

Un deuxième enfant : choix de raison, choix du cœur ?… Il va me falloir encore beaucoup cheminer. En parler encore et encore avec mon Homme. Parler pour exorciser. Parler pour évacuer. Parler pour concrétiser. Parler, parler, parler…

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