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Je ne suis pas cette mère décrite dans les livres…

différence maman papa http://www.minutebuzz.com/insolite–10-photos-tres-droles-qui-illustrent-les-differences-entre-pere-et-mere/%5B/caption%5D

Juste avant d’écrire ce billet, j’étais en train de lire. Plus j’avançais dans ma lecture, plus mon envie d’écrire se faisait pressante. Le livre qui m’anime ainsi n’a rien d’extraordinaire. Il s’agit d’un livre conseils sur le développement de l’enfant. Pour le moment, le contenu même du bouquin m’a semblée plutôt pertinent SAUF qu’il m’a fait réaliser une chose : je ne serai jamais cette mère décrite dans les livres…

Toujours, dans les livres se rapportant au développement de l’enfant, il est fait état du lien si fort qui unit une mère à son bébé. En découle alors une place peu confortable pour le papa qui se doit de venir rompre la symbiose existante. Alors oui, je dois bien l’avouer, il s’agit là de la majorité des situations mère-père-bébé. Mais, il est des cas, comme le mien, où les choses se passent différemment. Les places sont redistribuées et les rôles quasi inversés.

Je n’ai pas connu cet état de symbiose avec mon enfant. Mon conjoint n’a pas été le père, autoritaire, venu rompre un état fusionnel. Plus le temps passe, plus je m’interroge sur les appellations de « mère » et « père ». Les stéréotypes que ces termes véhiculent. Les rôles que chacun se doit d’occuper (sous peine de ne pas se retrouver dans les bouquins). Une mère doit être bienveillante, empathique, totalement dévouée. Un père, lui, doit poser le cadre, les limites par son autorité naturelle.

Alors je me demande : pourquoi une mère ne pourrait-elle pas être père ? Et inversement, un père n’occupe-t-il pas, parfois, le rôle de mère ? Ces termes ou appellations ne nous enfermeraient ils pas dans un costume souvent trop étriqué ? Mon conjoint et moi sommes des mères-pères. Selon la situation, selon le comportement de notre fils, selon notre humeur, etc., nous sommes tantôt mère, tantôt père, chacun à son façon.

Bref, nous sommes parents, tout simplement… Et toi, tu te retrouves dans les bouquins de « puériculture », « développement de l’enfant »?

Quand les enfants s’occupent des parents…

mains trois générations

Depuis plusieurs années maintenant, l’état de santé de ma mère se fragilise. Jamais rien de dramatique. Jamais rien d’irréversible. Juste des petits riens. Des petits riens qui s’accumulent et qui l’abiment.

Hier, ma mère m’a appelée pour me rendre compte d’un énième rendez vous médical. Un de ceux dont le contenu ne me plaît guère. Des examens pour approfondir encore et toujours. Pour apprendre des nouvelles à chaque fois plus mauvaises. Sans jamais voir de lumière au bout du tunnel. Juste une profonde pénombre qui s’obscurcit à mesure que l’on avance…

Quant à son moral, parlons-en… Lui aussi s’abime dans les méandres de la médecine… A chaque pas effectué vers un diagnostic, c’est une étincelle qui s’étouffe. La maladie n’a pas de limite. Elle mange tout sur son passage. Nos compagnons « vulnérabilité » et « fragilité » ont déjà été engloutis.

Non, elle n’est pas seule. Mon père est là, bien démuni face à tout cela. Son mécanisme de défense : le rejet. Rien n’existe, rien n’est grave, un petit effort et tout sera réglé. Je ne peux pas le blâmer. Chacun fait comme il peut avec les moyens qu’il a.

Et moi, je fais comment ? Tiraillée entre la vie qui pousse en moi et cette faucheuse qui se rappelle à mes bons souvenirs. Le temps qui passe à la fois trop vite et trop lentement. Cette confusion qui s’installe : que faire ? comment faire ? qui protéger ? elle ou nous ? Puis une évidence s’impose : je suis de ceux là, de ceux qui ont franchi la limite, le passage que l’on redoute. Je suis de ces enfants qui doivent s’occuper de leurs parents.

C’est l’ordre naturel des choses je crois. Nos parents donnent pour nous puis, à un moment, c’est à nous de prendre la relève. S’impose alors une double tâche : élever nos enfants vers la vie / accompagner nos parents vers la mort. Comme ces mots sont difficiles à poser mais il s’agit pourtant d’une réalité à assimiler…

Mes propos sont confus, tout comme mon esprit. J’avance pas à pas vers la prise de conscience. C’est un chemin semé de colère, déni, tristesse, abattement… C’est un chemin vers le deuil : le deuil de la mère que j’ai connu, de la petite fille que j’ai été. Il me faut maintenant accepter le fait que je suis seule.

Je suis LA mère…

La mère de mes enfants…

La mère de ma mère…

Ne pas le voir grandir…

gros-mots

Hier soir, l’Homme et moi discutions. De tout, de rien, de la vie, de la mutation des vers de terre au Népal, etc. Le tout p’tit était là, à jouer à nos côtés. Une configuration qui s’est présentée un nombre incalculable de fois depuis sa naissance. Sauf qu’une donnée semble avoir échappée à son père comme à moi : notre fils grandit et nous n’en mesurons pas les conséquences…

Car, vois tu, aujourd’hui, notre enfant comprend. Tout. Et répète aussi. Souvent. Alors oui, tu vas me dire « bah il serait temps que tu réalises ma grande ! Ah mais au fait, t’es pas psy toi ? T’es pas censée être calée niveau développement cognitif des mômes ? Bouh !!! La psy en pâte à fixe !!! » (moi, sévère envers moi-même ? Jamais !).

Sauf que, lorsqu’il s’agit de son propre enfant, on a souvent les yeux en trous de pine. Là encore tu vas me dire : « non mais t’as de la bouillabaisse à la place de la matière grise ou quoi ? ». Et bah oui ! Oui je débarque. Parce que c’est mon premier enfant. Parce que pour moi, il a toujours deux mois. Parce que je m’autorise toujours à parler comme avant en mode « t’as vu la voisine ? Elle aurait pas un peu pris du cul ??? » (et entendre le mot « cul » sortir de la sainte bouche de mon fils, et pas qu’une fois bien sûr!). Parce que je ne peux plus parler de cadeaux de Noël sans avoir sa petite oreille qui traîne (« cadeaux ? Pour Sauel ? Où ? Où les cadeaux Sauel ?). Parce que je ne peux plus vider mon sac sur ma mère en sa présence (« con mamie ? C’est quoi con ? »).

Bref, il va me falloir me réaménager face à ce petit homme en devenir. Qui comprend tout. Qui apprend chaque jour de nouveaux mots. Qui mémorise un nombre incommensurable d’informations. Qui grandit, tout simplement…

Et toi, t’as du faire des efforts pour arrêter de jurer comme un charretier/critiquer tes proches/évoquer la moindre surprise devant ton enfant ? Comment t’as fait ? Parce que moi, aujourd’hui, je ne vois que le bâillon !

PS: Sauel = Samuel. Si tu ne le sais pas encore, c’est que tu ne me suis pas encore sur Facebook. Pour cette faute impardonnable, je te demande de répéter 10 fois « je ne suis pas qu’une mère » et de filer prendre un bon bain chaud!

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