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Ce geste…

lumière tunnel

Longtemps j’ai hésité à écrire ce billet… Pourtant ce n’est pas mon genre. D’ordinaire, je laisse mon cerveau s’exprimer sans aucun filtre. Mais là, c’est différent. Je vais te parler d’un évènement, un seul et unique, un acte isolé qui a pourtant conditionné une bonne partie de mon enfance… Je vais te parler de ce geste…

Petite, je ne dormais pas. Ou très peu. Ce n’est qu’à l’âge de trois ans que j’ai fait mes nuits. Je m’entends encore hurler « maman » pour qu’elle ne me laisse pas seule dans cette chambre. Toujours le même scénario. Tous les soirs. Jusqu’à trois ans. Rends-toi compte un peu de l’enfer !

Mes parents étaient logiquement épuisés. Comment ont-ils tenu ? Je l’ignore… 3 ans… Près de 1100 nuits… Environ 8000 heures de sommeil… Pas de repos. Pas de répit.

Puis, un soir, mon père a pété les plombs. Littéralement. Il est allé chercher sa ceinture. Je te passe les détails. Ca n’aura pas duré longtemps. Ca n’aura pas été très violent. Physiquement du moins. Mais les retentissements psychologiques, quant à eux, ont été incommensurables…

Je l’ai crains. Je l’ai redouté. Je lui en ai voulu. Nos relations en ont pris un coup. Sévère. Il m’aura fallu des années pour retrouver confiance en lui. Jamais je n’ai oublié.

Puis à mon tour, j’ai eu un enfant. Un enfant capable de te donner autant de bonheur que de pensées négatives. Un enfant qui va puiser dans tes ressources. Un enfant qui te malmène. Un enfant qui t’épuise. Un enfant qui va tripatouiller dans les tréfonds de ton âme.

Ce geste a alors pris une toute autre dimension. Même si je ne l’excuse pas, je crois que je le comprends… Je comprends qu’on puisse être poussé à bout par son enfant. Je comprends aujourd’hui que la fatigue rend fou. Littéralement.

Je l’ai vécu et pourtant je comprends. Est-ce une force ? Une faiblesse ? Je pense que cet évènement m’a fait saisir à quel point la violence ne résout rien. Au contraire. Elle abîme. Si ça n’était que le corps… Je n’imagine même pas l’état de mon père suite à ce geste… Ce seul et unique geste. Ce trop plein qui devait s’exprimer de façon impérieuse.

Il est des moments où il faut regarder en arrière pour saisir le poids des mots, des gestes. Il est des moments où il faut se souvenir de ces évènements qui ont marqué notre enfance. Pour comprendre. Pour aller de l’avant. Pour ne pas reproduire.

Parfois, il importe de se replonger dans son vécu d’enfant pour être un meilleur parent…

 

Etre parent = une perpétuelle remise en question

funambule

Etre parent, selon moi (enfin selon les 20 personnes qui habitent dans mon cerveau), c’est se remettre en question en permanence. Selon l’humeur du jour, les réactions de votre enfant, les retours des plus ou moins proches, etc., on navigue entre le « je fais bien », « j’en fais trop », « j’en fais pas assez ». C’est d’ailleurs « marrant » de constater à quel point les mêmes thématiques peuvent revenir à divers moments sous des formes très paradoxales :

J’en fais trop

Je n’en fais pas assez

  • Est-ce qu’il mange trop ?
  • Est-ce que je suis trop sévère ?
  • Est-ce que je le stimule trop ?
  • Est-ce que je mets trop de limite ?
  • Est-ce que je passe trop de temps avec lui ?
  • Est-ce que j’anticipe trop ses besoins ?
  • Est-ce que j’influence trop ses choix ?
  • Est-ce qu’il mange assez ?
  • Est-ce que je suis trop laxiste ?
  • Est-ce que je ne le stimule pas assez ?
  • Est-ce que je mets assez de cadre ?
  • Est-ce que je passe trop peu de temps avec lui ?
  • Est-ce que j’anticipe assez ses besoins ?
  • Est-ce que je le guide suffisamment ?

Ces questions se posent à un moment M. On leur trouve une réponse dans l’immédiate. Et il suffit d’un détail pour que l’on bascule de l’autre côté, comme le coup de vent qui fait tanguer le funambule sur sa corde.

Se questionner, se remettre en question, anticiper, s’autocritiquer, faire des erreurs et analyser, allant de l’avant, revenir en arrière pour repartir de plus belle, apprécier les victoires du quotidien sitôt malmenées par un petit rien, etc.  Pour moi être parent c’est tout ça… Rien n’est acquis, tout est à l’étude.

Parent, il va te falloir apprivoiser la honte !

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Oh, un tout petit bébé ! Oh mais comme il est mignon ! Oh il gazouille ! Oh c’est trop choupinou ! Tu parles !!!

Parent, sache qu’avec un enfant, tu vas devoir t’assoir sur ta dignité ! Je fais bien sûr référence aux vomitos, popos, rots et autres pets foireux !

En tant qu’adulte, tu sais qu’il y a des règles de bienséance à respecter. On t’a appris, depuis ta plus tendre enfance, à ne pas roter ni bombarder en public. L’enfant lui, Nadine de Rothschild, il en a rien à carrer ! Pas de filtre entre la sphère privée et la sphère publique. En gros, ce qui doit sortir sortira que tu sois au sein du cocon familial ou avec le président de la République !

Voici quelques anecdotes que je souhaite partager avec vous.

Quelque temps après sa naissance, je suis allée présentée le tout p’tit à mes collègues. Mon cœur de maman s’est empli de fierté lorsque l’on m’a dit à quel point il était mignon, craquant, beau, superbe, magnifique, en toute objectivité et sincérité bien sûr ! Le hic c’est quand mon chef a souhaité le prendre à bras : « Oups, désolée Monsieur pour votre chemise, cravate, pantalon! Attendez, je vais prendre de quoi nettoyer votre cou. Ah mince, y en a même sur vos chaussures ! ». Et oui, le tout p’tit n’avait rien trouvé de mieux à faire que de renvoyer tout son bib sur mon directeur ! Ô Gêne, prends possession de mon corps, je t’accueille les bras ouverts !

Outre le fait de gerber sur les gens, mon fils a une autre passion : pisser sur le personnel médical et paramédical ! C’est systématique ! Dès qu’il voit une blouse blanche arrivée, c’est plus fort que lui, il faut qu’il arrose ! Peut être est-ce sa façon à lui de contester ? Toujours est-il qu’il est doué le bougre ! L’objectif est souvent atteint : en pleine face !!! Ô Honte, viens à moi, tu ne m’effraies pas !

Puis, il y a la palme : les pets ! Le tout p’tit est une usine à gaz. Il lâche des trucs dignes d’un adulte. D’ailleurs, parfois je me retourne vers son père en lui jetant un regard noir « tu pourrais t’excuser au moins ! ». Mais non, c’est le tout p’tit qui, l’anus frétillent, qui s’est délesté. Au sein du domicile familial, de telles bombes ne nous posent pas de problème. C’est plus le pet public qui nous met mal à l’aise. La dernière fois, nous avons eu droit à l’une de ses plus belles démonstrations dans le cabinet du médecin (décidément, il a vraiment une dent contre le corps médical). La salle d’attente était évidemment pleine à craquer et d’un calme olympien. Le tout p’tit s’est alors lâché à plusieurs reprises. Je vois encore le regard accusateur des gens posés sur mon homme car, évidemment, un tel bruit ne peut sortir d’un si petit corps. Nous passons donc pour la famille cradingue qui ne sait pas se tenir. Ô humiliation, prends ma dignité, je te l’offre avec plaisir !

Voilà donc un des aspects de ma vie de maman : je prends ma fierté et je m’assois dessus !

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