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Courir après le temps

lapinquicourt

Il est 7h. Tu as très peu dormi cette nuit. Serait-ce le contrecoup de la nuit que tu as passé chez ta grand-mère vendredi ? Sans doute…Toujours est-il que, ce week-end, tu ne t’es pas reposé. Et voilà la semaine qui arrive… Se lever tôt, si tôt qu’il t’est impossible d’émerger tranquillement…

Et nous, tes parents, te levons chaque jour. Nous prenons notre courage à quatre mains et nous attelons à te sortir d’un sommeil si fragile pourtant… Tu sembles tellement apaisé le matin lorsque tu dors. Et nous, nous t’arrachons à ça… Pour quoi ? Pour t’embarquer avec nous dans nos contraintes d’adulte : les horaires, les rendez-vous, les « responsabilités »…

Te lever tôt ou te réveiller plus tard… Prendre le temps de déjeuner ou avaler une brioche en vitesse… Ne pas te laisser le temps de sortir du sommeil en toute tranquillité. Ou bien faire le choix de te lever aux aurores. Avoir à décider pour toi de ce dont ton corps a besoin.

Te regarder mâchouiller ton gâteau. Etre tiraillé entre l’envie de te laisser aller à ton rythme ou t’imposer le notre. Avons-nous bien le choix ? Alors nous te traînons dans nos préoccupations d’adultes : se lever, déjeuner, s’habiller, vite, vite, vite pour ne pas être en retard…  Etre en retard… Quel concept… La course au temps qui défile… Lutter pour le faire ralentir…

Et toi, dans tout ça ? Et bien tu suis le mouvement… Non sans crise. Comme je te comprends mon tout p’tit. Moi aussi, si tu savais, je crise de te faire subir tout ça. Les week-ends trop courts pour à la fois se reposer mais aussi profiter ensemble. Tu ne veux pas dormir. Tu veux rester près de nous, tes parents, que tu vois si peu la semaine… Comme je te comprends mon tout p’tit. Mais tu ne tiens pas. Tu es fatigué. Tu es exécrable. Tu luttes encore et encore contre ce sommeil qui t’agace. Comme je te comprends mon tout p’tit.

J’aimerais prendre le temps avec toi. Cesser de courir comme une poule sans tête. Courir pour quoi ? Courir pour toi…  Si tu savais, comme on court pour toi mon tout p’tit… J’aimerais prendre le temps… Le temps de vivre…

Ca viendra avec le temps…

doc

« Avec le temps, tu verras :

–          Tu rencontreras l’amour

–          Tu trouveras un boulot

–          Tu tomberas enceinte

–          Tu oublieras ton chagrin

–          … »

A toutes ces belles assertions, j’ai envie de dire fu** ! Aujourd’hui j’en ai gros donc je vais ruer dans les brancards.

Alors pourquoi je pars en guerre contre toutes ces belles affirmations ?

La première chose que j’ai envie de répondre lorsque l’on me sort ces jolies paroles c’est : « qu’en sais-tu ? ». C’est vrai ça, serais tu le Docteur Emmett Brown ? Aurais-tu la Delorean qui te permet de voyager à travers le temps et donc de voir l’avenir ? Non parce que si ça n’est pas le cas, comment peux tu affirmer une telle chose ?

Deuxièmement, si tu me dis ça, c’est que tu ne m’écoutes pas. Lorsque je me confie à quelqu’un, ce qui est très rare (et oui, se raconter sur la blogo n’est pas la même chose que se raconter in real life), j’attends autre chose qu’un « tu verras, ça passera ». Je comprends que, parfois, il soit difficile de trouver les mots. Et bien, dans ce cas, je préfère encore le silence à un « ça viendra ».  Si tu ne sais pas quoi me dire, ne dis rien.

Enfin, j’ai le sentiment qu’un « ça passera » vient clore toute discussion. Tu te livres, tu confies tes peines, tes doutes, tes peurs et tu es stoppé(e) dans ton élan par un message qui te dit que l’ordre des choses veut que ça arrive. « Mais non tu ne seras pas célibataire toute ta vie », « Bien sûr que tu vas trouver ta vocation », « Sois patiente, dans quelques temps, tu auras ton enfant dans les bras ». Que répondre à cela ? « Bon bah d’accord alors ».

Il me semble que lorsque l’on se confie à quelqu’un, on n’attend pas nécessairement de lui qu’il nous trouve une solution. L’adage selon lequel « s’il y a un problème, il y a une solution. S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème » ne tient pas la route. Il est des problèmes qui malheureusement n’appellent pas de solution. Mais qui demandent simplement à être entendus…

J’ai sans doute moi-même du céder à la tentation d’utiliser un « ça viendra avec le temps ». Et je le regrette. Dès aujourd’hui, je m’engage à ne plus employer ces mots bannis. Nom de Zeus !!!

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